oligarques, députés, journalistes… Qui sont les Russes sanctionnés par l’UE ?

Ces personnalités sont interdites de séjour en Europe et leurs avoirs détenus dans l’Union sont gelés en raison de leur rôle dans le conflit russo-ukrainien et de leurs liens avec Vladimir Poutine.

Depuis la recrudescence des tensions entre l’Ukraine et la Russie, qui ont finalement abouti à la sanglante invasion du territoire ukrainien par l’armée russe le 24 février, l’Union européenne a actualisé sa liste des personnalités russes sous sanctions. Créée en 2014 au lendemain de l’annexion de la Crimée, elle s’est allongée ces dernières semaines de près de 800 noms, en cinq salves. Désormais, selon les données de la Commission européenne, elle comporte au total 1091 personnes (et 80 entités).

Initialement composée en majorité de dirigeants ou d’ex-dirigeants politiques et de militaires liés à la Crimée ou aux «républiques» autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, elle s’est étendue à de nombreux parlementaires russes, des hauts gradés de l’armée, des ministres, des journalistes, des oligarques, et à Vladimir Poutine lui-même. Ces sanctions prennent trois formes : gel des avoirs détenus en Europe, interdiction de séjour dans l’Union et interdiction pour les citoyens et entreprises de l’UE de mettre des fonds à leur disposition.

Des parlementaires

La majorité des personnalités ciblées par Bruxelles sont des parlementaires russes. Ont d’abord été visés les membres de la Douma, la chambre basse de l’Assemblée fédérale russe. Le 23 février, 351 députés ayant voté le 15 du même mois pour la reconnaissance par la Russie de l’indépendance des territoires séparatistes prorusses de l’est de l’Ukraine (les deux «républiques» autoproclamées de Donetsk et de Louhansk) ont été sanctionnés. Puis, le 9 mars, 146 membres du Conseil de la Fédération de Russie, la chambre haute du Parlement russe (l’équivalent de notre Sénat), ont été ajoutés à la liste, pour avoir ratifié les décisions du gouvernement russe concernant les «traités d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle» entre la Russie et les «républiques» de Donetsk et de Lougansk.

Le dernier train de sanctions, entériné vendredi 8 avril, a inscrit sur la liste noire les quelque 130 membres des assemblées de ces «républiques» de Donetsk et de Lougansk.

Des ministres et des militaires

Vladimir Poutine lui-même figure sur la liste des personnalités sanctionnées par l’Union, de même que ses deux filles, Maria Vorontsova et Katerina Tikhonova. On retrouve également nombre de membres de son gouvernement. Les plus connus étant son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. Les ministres des «républiques» séparatistes de Donetsk et de Lougansk sont aussi ciblés.

De hauts responsables militaires russes font également partie de la liste noire, notamment les commandants en chef des forces terrestres russes, de la marine russe, de la flotte de la mer Noire et des forces aérospatiales russes.

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Des oligarques

Plusieurs oligarques, cette petite caste d’hommes d’affaires richissimes et proches du pouvoir sont également concernées par les sanctions européennes. Parmi eux, on retrouve «des personnalités, proches de Vladimir Poutine, qui sont à la tête des plus grandes entreprises d’État, notamment dans les secteurs de l’énergie et de la banque», note Carole Grimaud Potter, professeur de géopolitique de la Russie à l’Université de Montpellier et à l’Institut diplomatique de Paris. Par exemple Igor Setchine, le patron du groupe Rosneft, l’un des plus grands producteurs de pétrole brut au monde, et Nikolaï Tokarev, PDG de Transneft, poids lourd du pétrole et du gaz. Mais aussi Mikhaïl Fridman, à la tête du conglomérat Alfa Group, qui détient l’une des plus grandes banques de Russie, Alfa Bank, et son associé Piotr Aven.

Mikhaïl Fridman a par ailleurs été l’un des premiers oligarques à s’élever publiquement contre l’invasion de l’Ukraine, dans une lettre envoyée aux employés de son fonds d’investissement LetterOne – dont il s’est depuis retiré. Le magnat de l’aluminium Oleg Deripaska a lui aussi pris ses distances publiquement avec le maître du Kremlin et la guerre en Ukraine dès les premiers jours de l’offensive, ce qui ne l’a pas empêché d’être inclus dans la liste noire de l’UE par la suite.

Le milliardaire Roman Abramovitch, principal actionnaire du géant de l’acier Evraz et propriétaire du club de football anglais de Chelsea, figure lui aussi dans la (longue) liste des personnalités russes sanctionnées. C’est une figure importante du conflit en cours, puisqu’il tente de jouer les médiateurs entre Kiev et Moscou. Ciblé lui aussi, Alisher Ousmanov, présenté par Bruxelles comme «l’un des oligarques préférés de Vladimir Poutine». «Il avait notamment intenté un procès en diffamation à l’opposant Alexeï Navalny en 2017», qu’il avait gagné, rappelle Cécile Vaissié, professeure en études russes et soviétiques à l’Université Rennes 2. Ce Russe d’origine ouzbèke a été actionnaire de Facebook au début du réseau social, au début des années 2010.

Première fortune de Russie selon le classement 2021 de Forbes (avec 29 milliards de dollars, soit 26 milliards d’euros), le magnat de l’acier Alexeï Mordachov est de la même façon sous sanctions européennes. Méritent également d’être cités, pêle-mêle, Mikhaïl Poluboyarinov, PDG d’Aeroflot, la plus grande compagnie aérienne russe, Vladimir Kirienko, patron du groupe de tech VK, maison-mère du «Facebook russe», VKontakte, ou encore German Gref, patron de la première banque russe Sberbank. Mais aussi German Khan, actionnaire important du conglomérat Alfa Group – tout comme Mikhaïl Fridman et Piotr Aven -, présenté par Bruxelles comme «l’une des personnes les plus influentes de Russie», ou l’homme d’affaires Grigory Berezkin, considéré par l’UE comme l’ «homme de main» de Vladimir Poutine.

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L’UE a en outre ajouté à sa liste noire deux membres de la famille d’Evgueni Prigozhin, un discret oligarque à la tête de la fameuse entreprise de sécurité privée Wagner, soupçonnée d’être directement liée à Vladimir Poutine. Bruxelles présente notamment Evgueni Prigozhin comme «responsable du déploiement des mercenaires du groupe Wagner en Ukraine». Lui-même est sous régime de sanctions européennes depuis 2020, pour les activités de Wagner en Libye. Dmitry Mazepin, PDG du fabricant de produits chimiques Uralchem, et son fils Nikita Mazepin, font partie aussi de la liste noire européenne. Ce dernier n’est pas un oligarque mais un pilote automobile, dont le contrat avec l’écurie Haas en Formule 1 a été rompu après l’invasion de l’Ukraine.

Des personnalités du monde de la culture et des médias

Nouveauté par rapport aux sanctions décrétées en 2014 après l’annexion de la Crimée, l’UE a élargi le spectre à la culture et au journalisme. «Cela aurait surpris les Russes, qui ne s’y attendaient pas», confie la professeur de géopolitique Carole Grimaud Potter. Sont visés ceux que Bruxelles qualifie de «propagandistes», qui auraient «contribué à diffuser la propagande anti-ukrainienne et à promouvoir une attitude positive à l’égard de l’invasion de l’Ukraine».

Parmi eux, on retrouve le sulfureux écrivain, journaliste et activiste Evgueni Prilepine, dit Zakhar Prilepine. Auteur majeur en Russie, il a également rencontré le succès à l’étranger. En 2018, il a ainsi été invité au Salon du livre à Paris. Avant cela, il avait participé à la guerre du Donbass aux côtés des séparatistes prorusses.

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Plusieurs journalistes et animateurs pro-Kremlin sont également dans la liste des sanctions européennes. C’est le cas par exemple de Vladimir Soloviev, que la chercheuse française Cécile Vaissié considère comme «l’un des pires propagandistes de la télévision russe». «Il a semé la haine sur l’Ukraine, et c’est lui qui le premier a utilisé le terme de “dénazification”, employé ensuite par Vladimir Poutine», souligne-t-elle. Dans le même registre, on retrouve Olga Skabeeva, surnommée par ses détracteurs la «poupée de fer de Poutine TV», qui anime avec son mari l’émission-débat politique la plus populaire de Russie, intitulée «60 Minutes».

Plusieurs patrons de presse sont également ciblés par l’UE. Margarita Simonian, dirigeante de la chaîne de télévision pro-Kremlin RT – que l’UE a interdit sur son territoire à la suite de l’invasion de l’Ukraine -, figure dans la liste. Tout comme Sergueï Mikhaïlov, directeur général de TASS, la plus grande agence de presse russe, et Vladimir Sungorkin, à la tête du tabloïd Komsomolskaya Pravda, décrit par Vladimir Poutine comme étant «son journal préféré» d’après Bruxelles. Ils sont accompagnés d’Oleg Dobrodeev, directeur général du «plus grand groupe médiatique public russe», VGTRK, et de Konstantin Ernst, PDG de Channel One Russia, «l’une des plus grandes sociétés de médias russes».

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