Malte s’apprête à reconduire son exécutif, valeur sûre dans un monde instable

Les Maltais votent samedi 26 mars pour des élections législatives qui devraient reconduire facilement le gouvernement sortant, dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne risquant de fragiliser la reprise post-pandémie de la petite île méditerranéenne dépendante des importations.

Le premier ministre travailliste Robert Abela sollicite les suffrages après avoir remporté un vote à la tête du parti il y a deux ans pour remplacer Joseph Muscat, qui a démissionné à la suite des manifestations déclenchées par le meurtre de la journaliste Daphne Caruana Galizia. Un sondage Malta Today crédite les travaillistes de 53,3% des intentions de vote, contre 44,6% pour les nationalistes. Robert Abela a fait campagne sur la façon dont il a géré l’épidémie de coronavirus et l’économie, qui s’est effondrée en 2020 mais a fortement rebondi l’année dernière.

Dans un café sur le port de la capitale La Valette, Caroline Lapira dit qu’elle votera sans états d’âme pour le chef du gouvernement. Les aides publiques pendant la pandémie l’ont aidée à survivre durant les longs mois d’absence des touristes étrangers. «Le premier ministre est passé ici une fois, je l’ai remercié, sans lui je ne sais pas ce qu’il se serait passé», explique-t-elle à l’AFP en servant un Spritz.

Fin des passeports dorés

Minuscule nation insulaire méditerranéenne, membre de l’Union européenne depuis 2004 et de la zone euro depuis 2008, Malte dispose de peu de ressources naturelles, mais a bâti une économie florissante reposant en grande partie sur le tourisme, les services financiers et les jeux en ligne. Pourtant, l’invasion de l’Ukraine par la Russie le mois dernier a jeté une ombre sur le pays, entraînant une hausse des prix des matières premières qui pourrait s’avérer coûteuse pour un État aussi dépendant des importations. Le gouvernement a été contraint de suspendre son programme de «passeports dorés» pour les Russes et les Biélorusses, le privant d’une importante source de fonds (il a rapporté 1,1 milliard d’euros en une petite décennie).

Le gouvernement a déjà promis 200 millions d’euros pour amortir les conséquences de la crise, qui s’ajoutent à 200 autres millions déjà débloqués afin d’atténuer les effets de la hausse des prix de l’énergie après la pandémie. Les analystes estiment que l’incertitude ne fera que renforcer la position de Robert Abela, même si le taux de participation devrait être légèrement inférieur à son niveau habituel de plus de 90%. «Robert Abela a dirigé dans une situation difficile, et c’est pourquoi je pense qu’il bénéficie d’un immense soutien», a déclaré Andrew Azzopardi, professeur associé à la Faculté du bien-être social de l’Université de Malte. Entre le conflit et le Covid, «les gens ne veulent pas aggraver la situation» en y ajoutant de l’instabilité politique.

Nuage sombre

Cependant, «il y a ce nuage, il y a cette ombre noire sur le Parti travailliste» et son rapport à l’État de droit, note George Zammit, maître de conférences en politique publique à l’Université de Malte. Robert Abela a pris ses fonctions en janvier 2020 après la démission de Joseph Muscat, soupçonné de protéger ses amis et alliés d’une enquête sur le meurtre de la journaliste Caruana Galizia. Celle-ci enquêtait sur la corruption de haut niveau lorsqu’elle a été tuée dans une voiture piégée près de sa maison le 16 octobre 2017, un meurtre qui a suscité une indignation mondiale. Une enquête publique dont les conclusions ont été publiées l’an dernier impute à l’État «la responsabilité de l’assassinat pour avoir créé un climat d’impunité».

Robert Abela, qui ne faisait pas partie du cabinet de Joseph Muscat, a depuis mis en œuvre des réformes visant à démocratiser les institutions, en supprimant notamment le privilège du premier ministre de nommer les juges et le chef de la police. «Il aurait pu en faire beaucoup plus. Ils n’ont pas été inquiétés» après l’assassinat de la journaliste, tempère Yohann, un commerçant de 61 ans, sympathisant du parti nationaliste qui préfère ne pas donner son nom de crainte de nuire à ses affaires. Et il reste à faire en effet: en 2021, Malte, souvent accusée d’être un paradis fiscal, a été placée sur la liste grise du GAFI, un organisme intergouvernemental basé à Paris qui promeut la lutte contre les délits liés au système financier international. Marisa Xuereb, présidente de la Chambre de commerce locale, espère que Malte sera bientôt retirée de cette liste. Elle qualifie de «très injuste» les perceptions sur la corruption endémique sur son île. «Cela ne concerne qu’une minorité», assure-t-elle.

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