Macron «demande pardon» aux harkis

Le président, qui entend réconcilier les mémoires, a annoncé une «loi de reconnaissance et de réparation».

Reconnaître d’abord ; réparer ensuite ; réconcilier enfin. Telle est la philosophie nouvelle qui guide désormais la réflexion d’Emmanuel Macron sur la guerre d’Algérie. Lundi, le chef de l’État a donc apporté une pierre supplémentaire à l’édifice mémoriel qu’il s’efforce de bâtir en cette fin de quinquennat. Depuis l’Élysée, où il s’exprimait devant quelque 300 harkis, descendants ou représentants, le président a regretté, «à voix haute et solennelle», les «manquements» passés de la République vis-à-vis de certains de ses «enfants». « Aujourd’hui, au nom de la France, (…) je demande pardon», a-t-il lancé, s’engageant à «panser les plaies tant qu’elles ne seront pas refermées».

Cela implique selon lui de changer de registre. Certes, une «revalorisation des allocations» va être appliquée pour la «première génération». Mais le réflexe consistant à sortir le carnet de chèques et à instaurer des procédures d’indemnisation à répétition n’est pas la bonne option à ses yeux. «Aucune réparation pécuniaire ne réparera ce qu’il s’est passé», a ainsi jugé Emmanuel Macron. Pas plus que les discours, d’ailleurs, puisqu’il considère qu’on «ne peut pas, par des mots, réparer soixante ans de la vie de notre nation».

D’où sa décision de confier au gouvernement la rédaction d’un «texte de loi de reconnaissance et de réparation», dont la ministre Geneviève Darrieussecq (Mémoire et Anciens combattants) «orchestrera les travaux». Le projet, qui «n’a pas vocation à dire ce qu’est l’Histoire», devra en revanche souligner la «singularité» et la «spécificité» de «la question harkie». Une commission nationale va donc être mise en place, pour «superviser le processus de recueil des témoignages» des victimes de «l’abandon militaire» et de «la maltraitance des familles sur notre sol» après le conflit.

Trois rendez-vous cruciaux

Réclamée de longue date par les dizaines de milliers de concernés, l’initiative a été accueillie par des applaudissements et des sourires dans le public qui se trouvait face à lui. Mais aussi par des larmes et quelques interpellations. Au point de contraindre le président à s’interrompre, pour se livrer à un échange direct avec une partie de l’auditoire. Après avoir entendu l’émotion exprimée par certains de ses convives, le chef de l’État a regretté qu’il y ait «quelque chose d’épuisant» à se voir toujours reprocher de ne pas en faire assez. Et il a réclamé «que la colère se (transforme) en goût de l’avenir».

Un avenir dont l’issue reste incertaine, tant la tension identitaire qui entoure ce sujet reste vivace dans le pays. Et tant les prochains grands rendez-vous sur le sujet pourraient se révéler cruciaux. Car au-delà de la Journée nationale d’hommage aux harkis, prévue ce samedi 25 septembre, le chef de l’État entend présider deux autres dates anniversaires dans les prochains mois : la cérémonie en mémoire des «événements» de 1961, le 17 octobre prochain , et le 60e anniversaire des accords d’Évian, le 19 mars 2022.

Sa participation à ces différentes célébrations lui a été suggérée par l’historien Benjamin Stora, lors de la remise de son rapport sur la guerre d’Algérie en janvier dernier. Dans ses conclusions, l’universitaire préconisait de ne céder ni à «l’excuse», ni à la «repentance» vis-à-vis du voisin maghrébin. Une recommandation suivie à la lettre par le président Macron, qui a pris ce faisant ses distances avec le candidat qu’il fut il y a cinq ans. Le voilà donc désormais loin, très loin même, de celui qui, lors d’un déplacement de campagne à Alger en 2017, avait cru bon de qualifier la colonisation française de «crime contre l’humanité». Une outrance de langage qui avait déchiré le pays, et l’avait obligé à faire machine arrière.

Cet épisode reste, depuis son entrée en politique, l’un des rares traumatismes personnels du chef de l’État, qui a fondé son engagement politique sur la promesse de «réconcilier les Français». D’où la volonté, qu’il confie en privé, de parvenir à un acte mémoriel fort sur la question algérienne. Avec à la clé, en cas de succès, un accomplissement qu’il jugerait comparable à celui de Jacques Chirac et la rafle du Vel d’Hiv. Cheminement qui l’a notamment conduit au choix du mot «pardon» lundi.

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