les candidats passent leur examen d’économie devant les chefs d’entreprise

À l’invitation du Medef, six prétendants à l’Élysée ont exposé leur programme économique.

Un lieu emblématique pour un événement très symbolique. Lundi matin, le Medef, l’Institut de l’entreprise et les chambres de commerce et d’industrie avaient choisi l’incubateur de start-up Station F, à Paris, pour faire passer un examen de crédibilité en économie à six candidats à l’élection présidentielle.

Les invitations n’ont pas été lancées au hasard et les organismes patronaux assument de ne pas avoir été exhaustifs. Exit aussi les pudeurs qui, il y a encore peu de temps, auraient conduit à exclure les candidats classés aux extrêmes de l’échiquier politique. L’idée était de recevoir tous ceux qui avaient un certain poids dans les sondages.

Un absent très présent

Yannick Jadot (EELV), Fabien Roussel (PCF), Valérie Pécresse (LR), Anne Hidalgo (PS), Marine Le Pen (RN) et Éric Zemmour ont ainsi pu exposer, dans cet ordre et devant un parterre un peu clairsemé de 200 chefs d’entreprise environ, leur vision pour l’économie française. Absent de dernière minute pour des problèmes d’agenda, Jean-Luc Mélenchon, et donc La France insoumise, n’était pas présent, les organisateurs s’étant fixé comme règle de n’accueillir que les candidats et non leurs représentants.

Cette règle explique également l’autre grande absence de l’événement: LREM, dont le candidat toujours président n’est pas encore déclaré. Pour un absent, Emmanuel Macron était néanmoins très présent, cible des attaques de l’ensemble des prétendants à la magistrature suprême. «Les absents ont toujours tort», a lâché une spectatrice qui trouvait visiblement que le suspense avait assez duré.

La campagne a commencé depuis plusieurs semaines et les sujets économiques sont complètement absents des débats, il fallait y remédier

Pour les organisateurs, il n’était cependant pas question de repousser l’événement, plus précoce cette année que lors du précédent quinquennat, pour s’adapter aux plannings de leurs invités. «La campagne a commencé depuis plusieurs semaines et les sujets économiques sont complètement absents des débats, il fallait y remédier», explique-t-on au Medef. Et pour permettre aux chefs d’entreprise, présents dans le hall de Station F, devant leur ordinateur ou écoutant BFM Business, qui retransmettait les auditions en direct, de comparer les propositions de chacun, les organisateurs avaient fixé un canevas très précis pour les interventions: dix minutes pour présenter les grandes priorités du programme, suivies de vingt minutes de questions-réponses avec les chefs d’entreprise.

Un cadre que certains ont eu bien du mal à respecter, Marine Le Pen n’interrompant son exposé que de mauvaise grâce après deux rappels à l’ordre des animateurs, et Éric Zemmour refusant tout net de s’arrêter de parler, tout occupé qu’il était à discourir… de l’importance du respect des règles.

Travail indéniable

Mais dans l’ensemble, les chefs d’entreprise reconnaissent que les candidats ont indéniablement travaillé leur sujet. «Certains mieux que d’autres», pour reprendre une expression citée plusieurs fois dans l’assistance au passage d’Anne Hidalgo. «J’ai été très étonnée par le fait qu’aucun n’est venu pour dérouler l’ensemble de ses propositions», affirme Dominique Carlac’h, vice-présidente du Medef. Aiguillés il est vrai par les programmes idéaux publiés ces dernières semaines par les différentes organisations patronales, les candidats ont déroulé leurs mesures devant un auditoire plutôt rassuré de constater que tous semblent avoir conscience des contraintes supportées par les chefs d’entreprise. «On a quand même senti qu’on était importants pour eux», renchérit Gérard Wolf, représentant du Medef International.

Rappelant le déficit commercial abyssal (87 milliards d’euros) enregistré par la France l’année dernière, les candidats se sont fait les chantres du retour de la compétitivité et de la réindustrialisation du pays. Les solutions pour y parvenir en revanche se sont logiquement révélées très disparates. Succès garanti, la droite de l’échiquier a promis des allégements fiscaux pour les entreprises. Éric Zemmour, Marine Le Pen et Valérie Pécresse assurant la poursuite de la réduction des impôts de production, quand l’écologiste Yannick Jadot a défendu un moins populaire, mais assumé, «bonus-malus écologique sur les outils de politique économique», comme l’impôt sur les sociétés, ou l’instauration d’un ISF climatique, également au programme de la candidate socialiste.

Pour ce qui est de la réindustrialisation, c’est du communiste Fabien Roussel que la proposition la plus iconoclaste est venue, avec un appel à la nationalisation d’une banque et de l’assureur Axa pour permettre à l’État de davantage investir dans l’économie. Globalement, tous sont favorables à une hausse des salaires. Mais les moyens d’y parvenir se sont souvent heurtés à une autre question qui fâche, celle d’un assainissement des finances publiques. Alors crédibles ou pas crédibles? À l’issue de plus de trois heures d’échanges, le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a bien reprécisé qu’il n’était pas question de distribuer les bons points. À l’applaudimètre, il était néanmoins possible de saisir quelques nuances.

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