Le dialogue lunaire entre Poutine et le chef du Service des renseignements russes à propos de l’Ukraine

Avant de reconnaître l’indépendance des régions séparatistes de l’Est de l’Ukraine, Vladimir Poutine réunissait lundi son conseil de sécurité dont une partie des échanges ont été retransmis à la télévision russe.

L’échange est surréaliste. Vladimir Poutine réunissait lundi un conseil de sécurité pour évoquer la crise ukrainienne. Cette réunion, largement mise en scène et retransmise à la télévision en fin d’après-midi, a donné lieu à un dialogue très tendu entre le président russe et le chef du Service des renseignements extérieurs, Sergueï Evguenievitch Narychkine.

Relayé par l’attaché de presse de l’opposant russe au Kremlin Alexeï Navalny Kira Yarmych sur les réseaux sociaux, la séquence commence par une interrogation de Poutine dont voici la traduction.

«Vous proposez d’entamer le processus de négociation ?, interroge Vladimir Poutine.

Narychkine : Non, je…

Poutine : Ou de reconnaître la souveraineté des républiques ?

Narychkine : Je soutiendrai…

Poutine : Allez droit au but.

Narychkine : Je soutiendrai la proposition de reconnaissance…

Poutine : Je soutiendrai ou je soutiens ? Soyez clair, Sergei Evgenievich.

Narychkine : Je soutiens la proposition…

Poutine : Dites-le.

Narychkine : Je le dis, oui. Je soutiens la proposition d’unir les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk à la fédération de Russie.

Poutine : Mais on ne parle pas de ça ! (…) On n’en discute pas ! On parle de reconnaissance ou non de leur indépendance.

Narychkine : (…)Je soutiens la proposition de reconnaître l’indépendance.

Poutine : D’accord. Veuillez vous asseoir, merci.»

Au cours de cette rencontre, le président russe a écouté successivement tous les principaux responsables du régime. Précisons que Sergueï Evguenievitch Narychkine n’est pas au cœur du processus décisionnel qui a amené Vladimir Poutine à reconnaître l’indépendance des Républiques séparatistes de l’Est de l’Ukraine hier. «Il ne jouit pas du respect convaincant de Poutine», ajoute même la spécialiste de la politique russe, Tatiana Stanovaya sur Twitter.

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Mise en scène

Dans la vaste salle Sainte-Catherine du Kremlin, celle-là même où Vladimir Poutine signa en 2014 l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée, la mise en scène partiellement retransmise à la télévision était millimétrée. Si le chef des renseignements extérieurs avait l’air désemparé et peu sûr de lui, les principaux hommes de confiance de Poutine étaient là. Le premier ministre Mikhaïl Michoustine, les ministres des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et de la Défense Sergueï Choïgou ou encore l’ex-président russe, Dmitri Medvedev, se sont exprimés tour à tour devant le chef d’État russe. La plupart ont estimé que le temps était venu de reconnaître ces régimes séparatistes, dont la Russie est accusée depuis huit ans d’être le parrain. Dans la foulée, Vladimir Poutine a reconnu lundi soir lors d’une nouvelle allocution télévisée l’indépendance de ces régions.

«Je juge nécessaire de prendre cette décision qui était mûre depuis longtemps : immédiatement reconnaître l’indépendance de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk», a-t-il déclaré dans une allocution télévisée d’environ une heure. Le président russe a intimé dans la foulée à l’Ukraine de cesser immédiatement «ses opérations militaires» contre les séparatistes ou d’assumer «la responsabilité de la poursuite de l’effusion de sang».

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