Infectées par le VIH, des femmes face au spectre d’un «serial» contaminateur

Deux femmes ont porté plainte et au moins cinq autres ont également été entendues par les enquêteurs de Seine-et-Marne, qui s’attendent à trouver d’autres victimes potentielles.

Marie* et Sonia* étaient amoureuses et ont «fait confiance», jusqu’à une découverte qui les a «détruites». Ces deux femmes de la région parisienne accusent un homme de leur avoir sciemment transmis le VIH, et craignent que ce «Don Juan» n’ait fait de multiples victimes.

«On ne peut pas faire machine arrière, il a ruiné nos vies», souffle Marie, 30 ans, qui réside en Seine-et-Marne. En juillet dernier, elle s’est résolue à porter plainte contre un collègue de travail, commercial dans les télécoms, qui fut son compagnon pendant six mois.

«Tu reviens encore sur ce truc»

À 34 ans, Jordan – son surnom – a une réputation de tombeur, mais elle s’éprend à l’été 2020 de cet homme «baraqué» et «assez charismatique», décrit-elle. «Je m’étais basée sur la confiance. Il n’était pas du tout soupçonnable, ça faisait des mois qu’on se connaissait», retrace Marie, qui accepte des rapports sexuels non protégés après les propos rassurants de son partenaire. Dès septembre 2020, elle constate l’apparition de symptômes inquiétants, songe d’abord à un état grippal. Mais après des analyses, le verdict tombe : Marie est atteinte par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine). Elle doit désormais prendre un traitement à vie. «La première chose qui m’est venue à l’esprit c’est de me foutre en l’air», confie la jeune femme, également mère de deux enfants. «Il m’a raconté tellement de bêtises !»

Devant le fait accompli, Jordan déclare avoir contracté le virus quatre mois auparavant, retrace-t-elle. Mais ne témoigne ni empathie ni volonté de se soigner. «Tu reviens encore sur ce truc», «on en a déjà parlé ça va changer quoi», «je vis et je fais avec», lui répond-il dans des messages consultés par l’AFP.

En réalité, le jeune homme sait depuis plusieurs années qu’il est porteur du VIH. A minima depuis qu’il s’est soumis à un test en 2017 dans le cadre d’une enquête à Créteil (Val-de-Marne), pour des faits similaires. Cette première procédure a été classée sans suite, faute d’éléments suffisants pour attester que le trentenaire connaissait sa séropositivité au moment des faits. Mais Sonia, la jeune femme de 32 ans qui est à l’initiative de cette plainte, ne baisse pas les bras. En 2020, elle dépose une nouvelle plainte qui mène à l’ouverture d’une information judiciaire. Laquelle semble au point mort. Elle a livré à l’AFP un récit similaire à celui de Marie que, pourtant, elle ne connaît pas.

Elle aussi assure que le virus lui a été «transmis sciemment» par cet homme, «un gros tchatcheur, un manipulateur» très actif sur les sites de rencontres, point de départ de leur histoire. «Il fallait que j’insiste pour qu’il mette un préservatif, il n’aimait vraiment pas ça et parfois l’enlevait en pleine action. Il m’a assuré qu’il était clean», confie-t-elle. Quand elle découvre sa séropositivité, il dédramatise. «Il m’a dit que c’était rien, qu’aujourd’hui on vit très bien avec, il m’a rassuré sur cette maladie et après…black out, plus de nouvelles.»

«Abus de confiance sexuel»

La plainte de Marie a, elle, connu de premières avancées avec, le 15 décembre, la mise en examen de son ex-compagnon pour «administration de substance nuisible avec préméditation sur conjoint avec ITT de plus de huit jours», selon le parquet de Meaux. Le jeune homme a été placé en détention provisoire. Lors de son audition à Noisiel, sans avocat, il est resté «prostré», sans reconnaître ni nier les faits, selon une source proche du dossier.

Au moins cinq autres femmes ont également été entendues par les enquêteurs de Seine-et-Marne, qui s’attendent à trouver d’autres potentielles victimes. «Il y a un côté serial», glisse cette source. «C’est un commercial qui voyage partout en France, il a dû faire des victimes partout sans qu’elles le sachent», s’inquiète Sonia.

Cette procédure «va enclencher des choses car il n’y a plus de débat sur la question de sa séropositivité», souligne son avocate Me Maud Guillemet, qui demande que les deux enquêtes soient jointes. Pour caractériser la transmission volontaire du VIH, qui aux yeux de la justice entraîne une «infirmité permanente», l’auteur doit en effet avoir connaissance de sa séropositivité et des risques de contamination lors de rapports sexuels. «Le principe de la relation c’est que vous abaissez les barrières, vous ne pouvez pas imaginer qu’on vous mente sur des choses comme ça, c’est pour cela que ces femmes sont fracassées, qu’elles tombent de l’armoire», explique Me Éric Morain, avocat de Marie.

Les faits, complexes et touchant à l’intime, reposent sur un «abus de confiance sexuel», note Me Morain, qui a plaidé dans l’affaire emblématique Christophe Morat. En 2005, la cour d’appel de Colmar (Haut-Rhin) avait condamné ce séducteur invétéré à six ans d’emprisonnement pour avoir transmis le virus à deux anciennes compagnes qu’il n’avait pas informé de sa séropositivité. Dès sa sortie de prison, il avait réitéré, prétendant à certaines partenaires qu’il n’y avait aucun risque puisqu’il n’éjaculait pas en elles. Une femme avait été contaminée. En 2014 la cour d’Assises des Bouches-du-Rhône l’a condamné à 12 ans de réclusion.

À l’échelle mondiale, 1,5 million de personnes ont été infectées par le VIH en 2020, et 680.000 personnes sont mortes des maladies liées au sida.

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*Les prénoms ont été modifiés

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