Édouard Philippe plaide pour un relèvement de l’âge de départ jusqu’à 67 ans

L’ancien premier ministre, soutien d’Emmanuel Macron, «sonne l’alerte» sur la dette publique française, et appelle les prétendants à l’Élysée à se saisir de ce sujet.

L’ancien premier ministre persiste et signe : «la première réforme à faire est celle des retraites». Dans un long entretien à Challenges, Édouard Philippe, aux manettes entre 2017 et 2020, défend une modification en profondeur du système afin de le pérenniser. Et, comme lorsqu’il était à Matignon, le proche d’Emmanuel Macron s’oppose à une baisse des pensions comme à un relèvement des cotisations. «La seule solution raisonnable est […] d’allonger la durée de vie active en repoussant l’âge de départ à la retraite à 65, 66 ou 67 ans», estime-t-il.

S’il reconnaît qu’elle est «difficile à porter», Édouard Philippe juge cette modification indispensable. «Chacun comprend bien que si l’espérance de vie augmente, la durée de la vie active doit aussi progresser», argumente l’homme d’État, qui plaide, parallèlement, pour une revalorisation des «petites retraites» et un «rapprochement des différents régimes». Si la première piste faisait partie du projet de réforme qu’il portait avant la crise sanitaire, la seconde est moins ambitieuse : il ne s’agit plus de fusionner l’ensemble des régimes – une modification «peut-être trop complexe» – mais plutôt de créer trois régimes les regroupant, l’un pour le privé, l’autre pour les fonctionnaires, le troisième pour les indépendants.

Bâtie entre 2017 et 2019, la réforme des retraites portée par Édouard Philippe garantissait notamment une «pension minimale de 1000 euros nets par mois». L’âge de départ à la retraite était maintenu à 62 ans, mais un âge pivot, fixé à 64 ans, était instauré. En outre, les régimes spéciaux devaient fusionner dans un «système universel». À l’époque, ce projet de réforme avait fait bondir les partenaires sociaux, et un bras de fer de plusieurs mois s’était engagé, menant à d’importantes manifestations. Ce texte phare avait été mis de côté lorsque la crise sanitaire s’était déchaînée en France, en mars.

Depuis, l’exécutif marche sur des œufs, estimant que le climat social n’est pas suffisamment apaisé, et le contexte sanitaire et économique trop fragile pour relancer ce dossier brûlant. «Je ne pense pas que la réforme qui était initialement envisagée puisse être reprise en l’état», commentait ainsi Emmanuel Macron, en juin.

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Réduire la dette, une priorité absolue

Pour l’ancien premier ministre, la réforme des retraites permettra notamment à la France de retrouver une marge de manœuvre budgétaire, et de mieux maîtriser sa dette écrasante, désormais établie à 2762 milliards d’euros. «Je constate qu’aucun prétendant [à l’Élysée] ne semble s’emparer de cette question du désendettement de la France», regrette Édouard Philippe, pour qui ce sujet doit être «pris à bras-le-corps» et traité durant la campagne présidentielle en priorité.

«Je sonne l’alerte», sur un sujet qui relève avant tout de la souveraineté nationale, déclare le maire du Havre. «Nous finançons notre mode de vie sur le dos de nos enfants et de nos petits-enfants, plutôt que de consacrer l’argent public à préparer leur avenir», cingle-t-il, refusant de «continuer à danser au-dessus du volcan». La remontée des taux d’intérêt risque de prendre les États à la gorge, et tout endettement prononcé réduira les marges de manœuvre de l’Hexagone lors des prochaines crises, avertit Édouard Philippe.

L’ancien premier ministre n’est par ailleurs pas convaincu par l’instauration d’une «règle d’or» budgétaire. Il conseille plutôt de réformer les retraites, de repenser «l’organisation de l’État et du millefeuille des structures locales» – un serpent de mer contre lequel son propre gouvernement aura bataillé sans succès pendant des années. Il appelle également à «responsabiliser» les élus locaux sur la gestion des comptes, et à «réduire les impôts» davantage.

Resté proche d’Emmanuel Macron, Édouard Philippe doit prochainement lancer son parti en vue de «la structuration de la future majorité». Il s’est récemment prononcé pour une réélection du président de la République, considérant que les réformes portées depuis 2017 allaient «dans le bon sens».

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