Au zoo, espace (encore) préservé par la loi contre la maltraitance animale

Les associations qui luttent pour le bien-être animal déplorent qu’ils aient été oubliés par les mesures du gouvernement et le texte définitivement adopté ce jeudi au Sénat. Reportage au parc zoologique de Paris et à la Ménagerie du Jardin des Plantes.

«Elles ont l’air d’être bien traitées ici». Juchée sur les marches du bassin des otaries, Céline observe le ballet de ces mammifères avec émerveillement. Depuis 11 heures, la Brestoise accompagnée de ses enfants sillonne les quatorze hectares du parc zoologique de Paris. «Les enfants voulaient absolument venir au zoo. J’ai réservé les billets début septembre », explique la mère de famille, de passage à Paris.

Sous le feu des critiques, le zoo reste une destination privilégiée des familles, au grand dam d’Alexandra Savisens. «J’ai l’impression qu’ils sont en prison quand je les regarde. Pour les mammifères, les enclos ne représentent pas leurs milieux naturels, ils sont souvent trop petits», déplore la co-fondatrice de Paris Animaux Zoopolis (PAZ) devant l’enclos des panthères des neiges à la Ménagerie du Jardin des Plantes. Cette association milite pour que les animaux ne soient plus emprisonnés, exhibés ou tués pour le divertissement et le loisir. Afin, du moins le revendique-t-elle ainsi de créer un monde plus juste où les animaux vivront en paix, à nos côtés.

L’association vient d’obtenir une première victoire avec l’adoption définitive au Sénat de la proposition de loi sur la protection animale. Celle-ci stipule clairement l’interdiction progressive des animaux sauvages dans les cirques et delphinariums, mais aussi celle de la vente de chiots et chatons en animalerie et des peines durcies pour sévices ou abandon. Son but ? Conforter le lien entre les animaux et les hommes dans la lignée des législations sur les animaux depuis 1850. Une loi qui ne comporte pas de volets concernant les zoos.

Au lendemain, de son adoption par 332 voix pour, contre une voix contre et dix abstentions, Hélène Thouy, candidate à l’élection présidentielle pour le parti animaliste, juge cette loi « insuffisante ». «80% d’entre des animaux sauvages vivent enfermés dans des bâtiments ou dans des cages à peine plus grandes qu’une page A4 au sujet des poules », a-t-elle déclaré, vendredi 19 novembre, au micro d’Europe 1.

Dans les allées du plus vieux zoo d’Europe, l’antispéciste Alexandra Savisens pointe du doigt chaque installation inadaptée. « Dans ces volières datant du XIXe siècle, les chouettes ne peuvent même pas voler. Les orangs-outangs sont cantonnés à jouer avec des bouteilles en plastique et les flamants roses ont été mutilés pour ne plus pouvoir voler. C’est terrible», fustige Alexandra Savisens sous son masque.

Des critiques balayées par la direction « Nous avons augmenté la taille des enclos comme celui du gaur (bovidé sauvage) à la ménagerie et ceux des fauves au moment de la réouverture du parc zoologique de Paris en 2014. Nos choix sont pensés en fonction du bien-être de l’animal, c’est primordial.»

Face à ce discours «anti-zoo», certains visiteurs rappellent les bienfaits de ces parcs. «Ces lieux permettent la conservation des espèces, c’est une bonne chose pour la biodiversité », affirme Jacques, 70 ans, face à l’enclos des lémuriens. Un argument réfuté par Alexandra Savisens. «60 % des espèces dans les zoos ne sont pas menacées d’extinction. C’est-à-dire qu’on les enferme gratuitement juste après avoir détruit leur habitat naturel, et cela, pour le plaisir des yeux. J’appelle ça la double peine », déplore-t-elle.

À l’intérieur de la serre tropicale, les avis sont plus nuancés. Pendant qu’Amélia, 7 ans, colle son nez aux vitres pour tenter d’apercevoir le Lamentin, Clémentine sa mère s’interroge sur le traitement des animaux : «Je viens pour ma fille, mais c’est vrai que je me pose des questions concernant le traitement des animaux. Surtout pour les fauves qui ont besoin d’espace.»

Afin d’améliorer la qualité de vie des animaux dans les zoos, le ministère de la transition écologique prévoit un meilleur encadrement. En collaboration avec les associations de défense des animaux et les parcs zoologiques, le gouvernement souhaite instaurer de nouvelles normes, tels que «la prise en compte de la température de l’enclos ou du bassin, la multiplication des zones d’ombre et l’enrichissement obligatoire de l’enclos ». Des mesures inappliquées pour le moment regrette Alexandra Morette, présidente de l’association Code Animal. Avant de conclure : « Il ne s’agit que de paroles, rien n’a été mis concrètement en pratique pour le bien-être animal dans ces espaces.»

Cinéma, théâtre, musique… Les étudiants-journalistes d’IPJ, l’Institut Pratique du Journalisme de l’Université Paris Dauphine , proposent leur regard sur l’actualité culturelle. IPJ Dauphine

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