une nébuleuse bande-annonce pour le dernier film de Jordan Peele

Le réalisateur de Get Out et Us revient en salles cet été avec un long métrage où les miracles se confondent avec l’angoisse.

Voilà un nuage de bien mauvais augure. Des yeux et des caméras se lèvent, circonspects, ahuris, incrédules. Quelque chose ne tourne pas rond dans le ciel, projette des ombres malfaisantes sur des paysages de collines désertées, créé de monumentales singularités et paraît suivre, éteindre, aspirer la vie. Non, décidément, ce n’est pas l’endroit rêvé pour des vacances. Bienvenue dans la première bande-annonce de Nope, le nouveau film d’horreur de Jordan Peele.

Le réalisateur acclamé d’Us , récompensé en 2018 de l’Oscar du meilleur scénario original pour Get Out , retourne une fois de plus à ses amours macabres. Il place le décor dans l’arrière-pays escarpé de la Californie. Ses héros, Daniel Kaluuya et Keke Palmer, tiennent un ranch de dressage de chevaux, «le seul à Hollywood appartenant à des Afro-Américains», se réjouit la jeune femme devant une équipe de tournage. Lui, paraît blasé. Le cavalier préfère contempler les solitudes arides aux côtés d’un cheval. Il aspire sans doute à mieux. Seul le pire l’attend.

Comme il sied à un film qui ne souhaiterait pas vendre trop hâtivement la mèche de la combustion mijotée, les premières images de Nope sont énigmatiques. De mauvaises langues diront aussi qu’on n’y voit pas grand-chose. Une puissance invisible éteint des lumières, gobe l’électricité ambiante, effarouche les chevaux. Cette même force sans nom se déchaîne tantôt tel un cyclone invisible, tantôt telle une extinction subite du vent. Se trouve-t-on face à une force surnaturelle ? Un phénomène géologique extrême ? Une forme allongée glisse dans le ciel et évoque les cigares volants extraterrestres que d’aucuns croient voir passer de temps à autre au-dessus de leur tête. Comme dans la vie, les hypothétiques aliens ne laissent pas leur carte de visite.

Miracle énigmatique

Jordan Peele joue de ces ambiguïtés. Un plan sur le ranch abruptement coupé du monde lui donne l’occasion d’apposer, dans la bande-annonce du moins, sa signature. Elle en impose. Les lettres glissent du haut de l’image comme un signe alarmant ; un effet qu’appuie l’emballement soudain de la musique. D’autres inquiétudes plastiques traînent dans ces premiers plans. La cime blanchâtre et lisse d’une étrange petite figure se meut vers un personnage battant en retraite. Une dame voilée au visage cadavérique semble avoir connu de meilleurs jours. La main d’un inconnu, trempée d’une substance noirâtre innommable, tend vers celle d’un bambin.

Jordan Peele s’inspire-t-il de La Création d’Adam de Michel-Ange ? Le massacre que l’on devine paraît courir à rebours d’un éventuel discours génésiaque. Et du propos des deux films précédents du réalisateur, davantage préoccupés par une critique sociale, entre horreur et satire. Est-ce, en somme, un film de continuité ou de rupture ? «Qu’est-ce qu’un mauvais miracle ? Est-ce qu’on a un mot pour désigner ça ?», s’interroge le personnage de Daniel Kaluuya, qui sent peut-être le roussi imminent. Cela s’appelle un fléau, par exemple – ou une plaie. Selon les Écritures, elles apportent rarement un bon moment pour les acteurs concernés. Sortie le 3 août au cinéma.

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