Les Illusions perdues, triomphe césarien de Xavier Giannoli

L’adaptation par le réalisateur du roman éponyme de Balzac a remporté sept récompenses aux César 2022. Le plébiscite d’un cinéma romanesque.

Le cinéaste des Illusions perdues est devenu, au fil de sa filmographie, un cinéaste de l’illusion. Son triomphe à la 47e éditon des César, en revanche, n’est pas un mirage. Lauréat vendredi soir du César du meilleur film et de six autres récompenses, le dernier long métrage de Xavier Giannoli , une adaptation du roman éponyme d’Honoré de Balzac, forme la création la plus aboutie du réalisateur, après trente ans de carrière.

Depuis Quand j’étais chanteur (2006) en passant par A l’origine (2009), Marguerite (2015) ou encore L’Apparition (2018), Xavier Giannoli explore, en réalisateur littéraire et réfléchi, les mécanismes de l’imposture et des croyances. Si bien qu’en réalité, la plupart de ses films, bien que tous singuliers, auraient pu s’intituler Les Illusions perdues, titre de son huitième long-métrage. Cette adaptation balzacienne qu’il envisageait depuis ses 19 ans, partait en favori des César 2022, avec 15 nominations. Son film a finalement reçu pas moins de sept statuettes, dont celles du meilleur acteur dans un second rôle pour Vincent Lacoste et de meilleur espoir masculin pour Benjamin Voisin.

De Rubempré à Scorsese

La réussite rappelle l’ambitieuse ivresse qui porte le personnage principal du classique de Balzac. Son héros, Lucien de Rubempré, est un petit poète d’Angoulême monté à Paris pour chercher la gloire. Devenu journaliste, le jeune homme désabusé évolue dans un monde de la presse vérolé par les mensonges et les faux-semblants, jusqu’à un épilogue pour lequel Xavier Giannoli a épinglé cette phrase, tirée de la correspondance de Balzac: «Je pense à ceux qui doivent trouver en eux quelque chose après le désenchantement».

«Cette phrase me hante et me bouleverse, confiait-il au Figaro. J’ai l’impression qu’elle résume l’histoire de nos vies». Ainsi, Rubempré pourrait bien être le frère d’Alain, le chanteur de bal vieillissant incarné par Gérard Depardieu dans Quand j’étais chanteur ; ou bien le frère de Philippe, l’escroc imposteur interprété par François Cluzet dans À l’origine ; le frère de la cantatrice à la voix de crécelle incarnée par Catherine Frot dans Marguerite ou encore le frère d’Anna, la jeune fille qui a vu la Vierge dans L’Apparition . «Cette histoire de croyances est liée à mon éducation très progressiste et en même temps chrétienne, expliquait le réalisateur sur France Inter. Tous mes personnages ont un désir d’élévation, de beauté mais ils sont dans le même temps cloués au sol par leur condition d’êtres humains, leurs corps (…) le monde comme il va».

Le cinéma, c’est l’art de l’illusion par excellence. (..) Je crois que le romanesque et l’illusion nous enseignent sur la réalité au moins autant qu’une enquête.

Xavier Giannoli, lors de la sortie de L’Apparition, en 2018

«Chrétien tumultueux», Xavier Giannoli est né dans une famille bourgeoise: il est le fils de Paul Giannoli – journaliste qui dirigea notamment le JDD et Télé Star – et le petit-fils de Roger Frey, ministre de l’Intérieur de De Gaulle. Ancien enfant de chœur, c’est grâce au chanteur Christophe, le voisin de l’appartement familial du boulevard Flandrin, qu’il découvre le cinéma. «Chez lui, j’entrais dans un univers magique et transgressif, de juke-boxes et de pellicules, dans un décor de canapés noirs et de lampes. On ne savait jamais si c’était le jour ou la nuit», s’est souvenu le réalisateur.

Après le bac, il s’inscrit en lettres à la Sorbonne car la fac «était entourée de cinémas», puis ce passionné de Maurice Pialat réalise des courts métrages avec des chutes de pellicules. Jusqu’à obtenir la Palme d’Or avec L’Interview. Hasard de la vie, c’est son autre maître Martin Scorsese qui lui remet cette distinction en 1998. Avec peu d’argent, il monte son premier long métrage en 2003, Les corps impatients, histoire d’amour et de mort où Laura Smet incarne sa compagne d’alors, enlevée à 20 ans par un cancer. «Pendant les dix années qui ont suivi, ma vie s’est organisée autour de ce drame».

En 2005, Une aventure fait un four. Il rebondit un an après avec Quand j’étais chanteur. Son œuvre dès lors devient celle d’«un cinéaste habité par un désir de vérité humaine», expliquait-il dans les notes d’intention de L’Apparition. «Le cinéma, c’est l’art de l’illusion par excellence», reconnaissait-il récemment. En même temps, je crois que le romanesque et l’illusion nous enseignent sur la réalité au moins autant qu’une enquête. On approche sûrement plus la complexité de la vie par l’illusion romanesque ou cinématographique».

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