«J’aime bien l’idée d’être vilipendé»

ENTRETIEN – Le chanteur et comédien joue pour la première fois dans un mélo, Petite Solange d’Axelle Ropert. Il se confie sur son rôle, la Nouvelle Vague et ses amis dans le milieu du cinéma.

Chanteur confidentiel, puis à succès (disque d’or avec Robots après tout, en 2006), comédien discret, puis reconnu (César du meilleur acteur dans un second rôle pour Le Grand Bain, en 2019), Philippe Katerine a moins de cheveux à 53 ans, mais toujours plus d’envies. Rencontre avec un artiste multicarte, à l’affiche de Petite Solange, en pleine préparation d’une exposition au Bon Marché*, avant de fêter ses 30 ans de carrière à l’Olympia le 27 mars.

LE FIGARO. – Petite Solange est votre premier mélo. Ça fait quoi, de ne pas jouer un rigolo?

Philippe KATERINE. – Ça m’intéressait surtout de tourner avec Axelle Ropert. J’aime beaucoup ses films, notamment Tirez la langue, mademoiselle. Lire le scénario de Petite Solange était presque accessoire. Jouer un mélo, c’est nouveau pour moi, mais ça ne change pas grand-chose. L’ambiance sur le tournage était détendue, même si on a été interrompu par le Covid. On était un peu inquiet, parce que Jade Springer, qui joue ma fille, grandissait chaque jour. Nous aussi, quelque part. Mes oreilles et mon nez devenaient de plus en plus proéminents.

Antoine, votre personnage, tient un magasin de guitare et porte une moustache… C’était dans le scénario?

Le magasin de guitare, oui, mais je ne sais pas si c’est lié au fait que je suis un virtuose de la six-cordes. Pour la moustache, ce n’est pas la même. Je la porte selon mon humeur. Si j’ai besoin ou non d’un trait au-dessus de la bouche. J’en ai fait une chanson, La Moustache. Parfois, comme dans le roman d’Emmanuel Carrère, personne ne s’aperçoit que je la rase. Axelle voulait qu’Antoine ressemble à un vieux dandy, à quelqu’un qui fait attention à son apparence. La moustache doit jouer. Elle a aussi un côté crooner, si on pense à Jean Sablon.

Truffaut et Godard, c’est un peu comme les Rolling Stones et les Beatles. Je ne veux pas choisir, même si ma préférence va vers les Beatles

Philippe Katerine

Axelle Ropert cite le Truffaut des Quatre Cents Coups. Vous êtes plutôt Godard – vous avez composé un album pour Anna Karina, Une histoire d’amour…?

Truffaut et Godard, c’est un peu comme les Rolling Stones et les Beatles. Je ne veux pas choisir, même si ma préférence va vers les Beatles. Truffaut est plus utile dans ma vie quotidienne, ses films ont quelque chose de pédagogique. On y apprend par exemple comment beurrer une biscotte en mettant deux biscottes l’une sur l’autre. Ou comment faire un lit très vite. Godard est plus stimulant dans mon geste créatif. Je les considère comme deux copains qu’on n’appelle pas en même temps.

Vous vouez un culte à La Maman et la Putain de Jean Eustache. Pourquoi?

J’aime tout Jean Eustache. Une sale histoire m’a aidé à me construire et à comprendre certaines choses. La Maman et la Putain est un film sur la parole, une chose plutôt éloignée de moi. C’est surtout radical et drôle. Je n’imagine pas un film qui me plaise sans drôlerie. Un autre cinéaste de la Nouvelle Vague très important pour moi est Luc Moullet, l’auteur de Brigitte et Brigitte, Anatomie d’un rapport ou La Comédie du travail.

Au cinéma, vous avez d’abord composé les musiques des films des frères Larrieu…

Pour Un homme, un vrai, je chantais en live sur le plateau pour accompagner Hélène Fillières et Mathieu Amalric. J’étais très heureux de rencontrer l’acteur de Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle), d’Arnaud Desplechin, un film qui a beaucoup compté pour les gens de ma génération. Il donnait une nouvelle image de la masculinité. La poésie champêtre des frères Larrieu me parlait. J’ai fait aussi pour eux la musique de Peindre ou faire l’amour, dans lequel je joue un échangiste, avec Daniel Auteuil et Sabine Azéma.

J’écris souvent des films, mais je me lasse vite. C’est un travail de longue haleine, je ne suis pas encore tout à fait mature

Philippe Katerine

Après Peau de cochon, votre premier film, vous annonciez un second…

J’écris souvent des films, mais je me lasse vite. C’est un travail de longue haleine, je ne suis pas encore tout à fait mature. En faisant l’acteur, je suis un peu en stage d’observation. Jouer la comédie est amusant. Et on est choyé. Des voitures vous amènent où vous voulez, conduites par des gens souriants. Ils sont peut-être obligés de l’être, mais pourquoi chercher à le savoir?

Vous vous êtes fait des amis dans le cinéma?

Oui. Ma partenaire sentimentale et sexuelle, Julie Depardieu. Anaïs Demoustier, Léa Drucker, Alexandra Lamy, des actrices avec qui j’ai tourné récemment. Dany Boon, on s’échange des textos très mignons de temps en temps. Il m’appelle «mon petit Fifou». On avait des rapports très affectueux sur le tournage du Lion.

Vous êtes Assurancetourix dans Astérix et Obélix: L’Empire du Milieu, de Guillaume Canet, mais Gilles Lellouche remplace Gérard Depardieu dans le costume d’Obélix. Encore une occasion ratée de tourner avec beau-papa?

Oui, et, quand on se voit, le cinéma n’est pas son sujet de prédilection. Il voit certains de mes films et m’en parle. Il n’est pas toujours élogieux. Il me dit: «Tu as bien composé ton personnage, tu m’as bien fait rire.» Composer un personnage, c’est vade retro satanas, pour lui. Mais ce Depardieu ne vous écrase pas. Quand il repart, vous êtes galvanisé.

Si on me dit que je chante faux je suis prêt à le croire. L’idée de justesse, c’est très subjectif

Philippe Katerine

Ce n’est pas vexant pour un chanteur de jouer un barde qui chante faux?

Ce n’est pas là que je mets mon orgueil. Si on me dit que je chante faux je suis prêt à le croire. L’idée de justesse, c’est très subjectif. Qu’on m’envoie du poisson à la gueule, ça fait partie du boulot de chanteur. J’ai commencé avec ça et j’aimais ça. Rien ne m’excitait plus que saint Sébastien, criblé de flèches.

30 ans après vos débuts, si vous regardez en arrière, vous vous dites quoi?

Que c’est un métier vraiment marrant. On ne s’ennuie jamais, et ça me passionne de plus en plus. Au début, j’étais vraiment amateur. Le fait aussi de faire du cinéma, des dessins, tout avance en même temps. On a envie de savoir la suite. À L’Olympia, je vais rechanter mon premier morceau, Comme Jeannie Longo. Ça dit qu’il faut être accrocheur, ne jamais abandonner, pour savoir ce qu’il y a derrière la montagne. Ça demande beaucoup d’efforts. C’est une bonne chanson initiatique, au fond.

*«Le mignonisme», exposition au Bon Marché (Paris 7e), du 26 février au 24 avril.

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