Dans The Batman, Matt Reeves explore un Bruce Wayne sensible, «ébranlé par la vengeance»

RENCONTRE – Une décennie après la trilogie de Christopher Nolan, Robert Pattinson porte une version âpre du justicier, «reflet de notre monde au bord de l’implosion». Confidences du producteur Dylan Clark et du comédien Andy Serkis en attendant la sortie en salle le 2 mars.

«Se voir confier le destin de Batman est terriblement excitant et profondément terrifiant. Matt a noirci beaucoup de carnets pour trouver un fil rouge qui justifiait d’y retourner», admet Dylan Clark. Une décennie après la trilogie culte de Christopher Nolan, quelques années seulement après les échecs des films Justice League et Batman vs Superman  de Zack Snyder, le producteur a épaulé son ami Matt Reeves pour donner à vie à The Batman, réinterprétation du justicier de Gotham, sous les traits tourmentés de Robert Pattinson. En attendant sa sortie en salle le 2 mars, Le Figaro a pu converser avec Dylan Clark et Andy Serkis qui prête ses traites au fidèle majordome Alfred Pennyworth.

Déjà aux manettes de la nouvelle saga La planète des singes, le duo Dylan Clark et Matt Reeves s’y connaît en relecture de mythe. Leur première exigence: «signer un film Batman différent de ceux qui l’ont précédé, avec des enjeux émotionnels inédits». Exit donc «le récit des origines». L’assassinat de ses parents est central mais jamais montré à l’écran.

Dylan Clark, Andy Serkis, Robert Pattinson, Zoë Kravitz, Paul Dano, Jeffrey Wright et Matt Reeve à la première londonienne de Batman. Abaca

Ce n’est pas non plus le playboy flamboyant entrevu sous la plume de Nolan. «Le Bruce Wayne de Matt Reeves et de Robert Pattinson n’est pas encore ce symbole de justice et d’espoir qu’il deviendra. Il est ébranlé. On le met sens dessous dessus. Il s’interroge sur l’héritage laissé par ses parents. Les vérités qu’ils tenaient pour acquises ne le sont peut-être pas», pointe Dylan Clark. Son armure d’homme chauve-souris est encore récente. « Il n’est pas encore un expert. Il n’a pas exorcisé la douleur et la rage engendrée par la disparition des siens. Fixer les failles de Gotham n’est pas une mission mais un exécutoire».

Entre film noir et thriller

Cette colère sourde corrode jusqu’au lien entre Bruce Wayne et son fidèle majordome Alfred Pennyworth, campé par l’acteur culte de Matt Reeves, Andy Serkis. Le comédien «retrouve dans The Batman la préoccupation autour de la filiation qui formaient déjà le cœur de La planète des singes et taraudait son personnage de grand singe de César». Et de préciser : «Vous allez découvrir un Bruce Wayne et un Alfred à couteaux tirés. Alfred est rongé par la culpabilité de n’avoir pu protéger les parents de Bruce et de n’être pas un père de substitution digne de ce nom. En bon mentor, il l’a entraîné aux techniques de combat mais n’approuve pas ses activités de redresseur de torts».

Alfred et Bruce Wayne. Warner

L’esthétique de The Batman devait être au diapason ce défi de renouveau. Matt Reeves et Dylan Clark citent Métropolis comme influence centrale, tout comme Taxi Driver et Chinatown. «On s’est replongé dans les classiques du film noir mais pas que. Nous avons visionné des documentaires, notamment sur des tueurs en série. Car ce sont les mécanismes psychologiques qui forment la personnalité qui nous intéressaient», se souvient le producteur.

The Batman s’interroge sur le poids de la filiation Warner

À l’écran, comme le suggèrent la bande-annonce et l’affiche, les nuances de rouge et de noir se démultiplient à l’infini. The Batman qui tire même vers le thriller presque policier tisse une atmosphère contemporaine et garde les pieds sur terre. «Nous voulions que ce Gotham de béton et de gratte-ciel soit authentique. Que nos comédiens interagissent vraiment avec cet environnement». Cela a donné des conditions de tournage parfois dantesques comme des scènes au petit matin sous une pluie glacée à Liverpool: «Robert Pattinson et Zoë Kravitz qui joue une Catwoman toute aussi novice claquaient des dents».

Un Gotham «miné par le tribalisme»

Cette vision d’un Gotham «au bord de l’implosion, miné par le tribalisme» est aussi une manière de poser une loupe «sur ce qui déraille dans notre société et de voir ce héros si imparfait rôder dans une ville qui l’est tout autant», diagnostique Dylan Clark. «The Batman montre les ramifications d’un monde sous le signe de l’isolement, de la division, de la fragmentation. Nous nous éloignons de plus en plus alors que nous devrions faire bloc face aux menaces actuelles comme le changement climatique, la pandémie…», plussoie Andy Serkis. Et de conclure : «Comme Hamlet ou Macbeth, chaque génération a besoin de son itération de Batman et de le réinterpréter à l’aune des défis auxquels elles font face».

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