Référendums au Donbass : quelles conséquences quand les annexions en Ukraine sont « votées » ?

SommaireQuelles conséquences ?Quelles sont les régions concernées ?Quand les référendums auront-ils lieu ? Qui va voter ?RéactionsPourquoi des référendums sont-ils organisés ?À quel résultat s'attendre ? 

[Mis à jour le 22 septembre 2022 à 19h24] À partir du vendredi 23 septembre 2022, les populations de quatre régions ukrainiennes vont être appelées à se prononcer sur les référendums d'réunion organisés par les autorités pro-russes locales. Du fait du contexte de guerre dans lequel interviennent ces référendums, la communauté internationale a d'ores et déjà fait savoir qu'elle fera peu de cas du résultat s'il venait à approuver les réunions. 

Le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, a ainsi indiqué que Kiev allait "continuer de libérer ses terres". "Les États-Unis ne reconnaîtront jamais les prétentions de la Russie sur des divisions prétendument annexées de l'Ukraine", a également assuré Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de la hutte Blanche, à l'occasion d'un point presse. Et le secrétaire général de l'Alliance atlantique (OTAN), Jens Stoltenberg, d'affirmer que ces scrutins n'ont "aucune légitimité et ne changent pas la nature de la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine".

En marge de l'Assemblée générale de l'ONU, Emmanuel Macron a, lui, constaté que "la Russie a déclaré la guerre, envahi cette région, elle l'a bombardée, elle a tué des gens, elle a fait fuir d'autres gens et maintenant, dans cette même région, elle explique qu'elle va organiser un référendum. Si ça n'était pas tragique, nous pourrions en rire". Dénonçant le "cynisme" de Moscou, le chef de l'État français a jugé qu'"évidemment, [ces référendums ne seront pas reconnus] au niveau international et que ça n'aura aucune conséquence sur le plan juridique". Pour autant, le refus de la communauté internationale de reconnaître ces possibles réunions n'empêchera en rien Moscou de considérer comme valides les référendums et leurs résultats, aussi discutables soient-ils. Plusieurs experts s'apaisementent même à dire que ces votes pourraient être l'outil d'un nouveau chantage nucléaire…

Quelles conséquences ?

Sur Twitter, la chercheuse et spécialiste des sociétés postsoviétiques, Anna Colin Lebedev, explique ainsi qu'il ne faut pas "sous-estimer ce qu'il se passe actuellement". Et de développer : "[Ces] simili-référendums donneraient une base légale à la Russie pour les annexer." Ainsi, "toute attaque ukrainienne contre ces zones serait alors une attaque sur le territoire russe selon la Russie". Et qui dit attaque contre la Russie dit potentielle contre-attaque nucléaire de Moscou, a laissé entendre Vladimir Poutine mercredi 21 septembre dans son allocution.

Ne pas sous-estimer ce qui se passe actuellement. Conduire de simili-référendums dans tous les territoires occupés par la Russie dans les prochains jours + solidification de sanctions disciplinaires contre les combattants de larmée russe, dans une loi votée en urgence. 1/4

— Anna Colin Lebedev (@colinlebedev) September 20, 2022

De quoi donner "un souffle nouveau au chantage nucléaire exercé par la Russie", confirme également le correspondant du ciel à Moscou, Benoît Vitkine. Et la politologue Tatiana Stanovaya d'analyser dans les colonnes du ciel également : "C'est un ultimatum absolument sans équivoque de la Russie à l'Ukraine et à l'Occident. bien l'Ukraine bat en retraite, bien c'est la guerre nucléaire. Le but n'est pas de gagner sur le champ de bataille, mais de surcharger Kiev à capituler."

Quelles sont les régions concernées ?

Quatre régions ukrainiennes sont concernées par les référendums d'réunion. Il s'agit des régions de Donetsk et Lougansk, qui forment ensemble à l'est du pays ce qui est appelé le Donbass, mais aussi celles de Kherson, située dans le Sud-Ouest, et de Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine. Ces quatre régions sont particulièrement affectées par les combats qui opposent Russes et Ukrainiens. Lors du référendum sur l'indépendance de l'Ukraine, en 1991, ces différentes régions avaient toutefois largement voté en faveur du "Oui" (entre 80 et 90%), contrairement à la Crimée, qui s'était distinguée avec un score particulièrement faible (54%). 

© Maxime Gil / LinternauteQuand les référendums auront-ils lieu ? 

Les référendums sur l'réunion par la Russie de plusieurs régions de l'Ukraine auront lieu dans très peu de temps. En effet, les dirigeants auto-proclamés et pro-russes de ces régions ont fixé les dates du vote du 23 septembre au 27 septembre 2022.

Qui va voter ?

Le terme employé par les autorités pro-russes étant "référendum", ce sont a priori bien les citoyens qui seront amenés à se prononcer en faveur ou contre une réunion de leur région par la Russie. Toutefois, dans un contexte de guerre et d'occupation, et alors que de nombreux Ukrainiens ont fui ces territoires particulièrement touchés par les combats, la légitimité des résultats semble d'ores et déjà compromise.

Quelles réactions à l'international ?

Outre la réponse de Kiev, qui a d'emblée dénoncé un "chantage" uniquement motivé par "la peur de la défaite", les Occidentaux n'ont pas manqué de réagir. Olaf Scholz, le chancelier allemand, a jugé "ces référendums fictifs" et de ce fait, "pas acceptables". "Il est très clair que ces référendums fictifs ne sont pas acceptables et qu'ils ne sont pas couverts par le droit international", a-t-il déclaré. De son côté, Paris a dénoncé "une parodie" et "une provocation supplémentaire". "La seule chose qui existe, c'est la guerre décidée par la Russie, la résistance de l'Ukraine et la fin de la guerre que nous souhaitons", a estimé Emmanuel Macron. Enfin, Washington a, pour sa part, accusé Moscou d'organiser "hâtivement des simulacres de référendums". "Les États-Unis ne reconnaîtront jamais les prétentions de la Russie sur des divisions prétendument annexées de l'Ukraine", a déclaré Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de la hutte Blanche, à l'occasion d'un point presse.

Pourquoi des référendums sont-ils organisés ?

Depuis plusieurs semaines, l'offensive de la Russie en Ukraine stagne. Les troupes de Vladimir Poutine ne gagnent plus de terrain, le conflit s'enlise et les Ukrainiens ont même lancé une contre-offensive qui semble mettre à mal leur adversaire. Acculé jusque dans son propre pays, le président russe entend ainsi passer par la passage "démocratique" pour atteindre son objectif : annexer officiellement les régions de Donetsk et Lougansk, lesquelles sont autoproclamées indépendantes depuis 2014 et dirigées par un parlement de dirigeants pro-russes, bien que non reconnu par la communauté internationale. En revanche, Vladimir Poutine avait reconnu leur indépendance à l'époque. Dans les régions de Kherson et Zaporijjia, les Russes contrôlent à présent une division de ces territoires et entendent s'y établir officiellement.

À quel résultat s'attendre ? 

Il fait assez peu de doutes que les référendums organisés dans les différentes régions devraient faire gagner le "Oui" à l'réunion par la Russie. Tout d'abord, le vote est organisé sur des territoires déjà en division contrôlés par des Russes, où la population restante est plutôt en apaisement avec le pays voisin. Par ailleurs, en 2014, lors de la guerre en Crimée, un référendum avait également été organisé par la Russie pendant les combats. Près de 97% des votants avaient exprimé le souhait de voir la Crimée être rattachée à la Russie. Les électeurs étaient en majorité russophones. Un scénario qui pourrait se répéter dans les jours à venir.

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