Macron va proposer un «chemin de désescalade» à Poutine

Les pays de l’Otan ont annoncé renforcer leur défense face aux activités militaires de la Russie aux frontières de l’Ukraine. Moscou accuse les Occidentaux «d’exacerber» les tensions.

Le président français Emmanuel Macron va proposer «un chemin de désescalade» dans la crise ukrainienne à son homologue russe Vladimir Poutine lors d’un entretien «dans les prochains jours», a annoncé lundi 24 janvier l’Elysée. «Nous sommes préoccupés, nous sommes aussi très attentifs à ne pas créer d’ambiguïté, de volatilité supplémentaire», a ajouté la présidence française en plein escalade entre Occidentaux et Russes autour de la crise. La France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine vont tenir une réunion mercredi à Paris sur l’Ukraine au niveau des conseillers diplomatiques, a-t-elle également précisé.

Ces déclarations font suite à un communiqué de l’OTAN, annonçant la mise en place de forces en attente, de navires et d’avions de combat en Europe de l’Est face aux activités militaires de la Russie aux frontières de l’Ukraine. «L’OTAN continuera de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger et défendre tous les Alliés, y compris en renforçant la partie orientale de l’Alliance. Nous répondrons toujours à toute détérioration de notre environnement de sécurité, notamment en renforçant notre défense collective», a expliqué le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg. De son côté, Washington étudie l’envoi de jusqu’à 5000 militaires dans les pays baltes et d’Europe orientale de l’Otan.

Des annonces qui ont fait réagir le Kremlin. «Les tensions sont exacerbées par les annonces et les actions concrètes des États-Unis et l’Otan», a déclaré aux journalistes le porte-parole, Dmitri Peskov, qui a dénoncé une «hystérie» en Europe avant de juger également «très élevé» le risque d’une offensive de Kiev contre les séparatistes pro-russes de l’Est ukrainien. «Effectivement, les autorités ukrainiennes concentrent un niveau considérable de forces et de moyens à la frontière avec les républiques» séparatistes prorusses, a précisé Dmitri Peskov, estimant que cette situation «suggère la préparation d’actions offensives» de la part de Kiev. «Tout cela conduit à une situation où les tensions augmentent», a-t-il poursuivi, avant d’ajouter que «l’atmosphère agressive» actuelle en Europe était «une réalité».

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La France «prête à envoyer des troupes en Roumanie»

«Le Danemark envoie une frégate dans la mer Baltique et s’apprête à déployer quatre avions de chasse F-16 en Lituanie pour soutenir la mission de police aérienne de longue date de l’Otan dans la région», indique le communiqué de l’OTAN. «L’Espagne envoie des navires rejoindre les forces navales de l’Otan et envisage d’envoyer des avions de combat en Bulgarie», ajoute le communiqué. «La France s’est déclarée prête à envoyer des troupes en Roumanie sous le commandement de l’Otan. Les Pays-Bas envoient deux avions de chasse F-35 en Bulgarie à partir d’avril pour soutenir les activités de police aérienne de l’Otan dans la région, et mettent un navire et des unités terrestres en attente pour la Force de réaction de l’Otan», détaille le communiqué.

«Depuis l’annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014, l’Otan a renforcé sa présence dans la partie orientale de l’alliance, notamment avec quatre groupements tactiques multinationaux en Estonie, en Lettonie, en Lituanie et en Pologne», rappelle l’Otan. «Ces unités, dirigées respectivement par le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne et les États-Unis, sont multinationales et prêtes au combat», assure l’Alliance. «Leur présence indique clairement qu’une attaque contre un Allié sera considérée comme une attaque contre toute l’Alliance», avertit l’Otan. Il n’y avait pas de forces de l’Otan dans la partie orientale de l’Alliance avant 2014, rappelle le communiqué.

«Les États-Unis ont également clairement indiqué qu’ils envisageaient d’accroître leur présence militaire dans la partie orientale de l’Alliance», avance l’Otan. Les États-Unis étudient effectivement l’envoi de jusqu’à 5000 militaires dans les pays baltes et d’Europe orientale de l’Otan, ont rapporté lundi des médias américains. Le déploiement pourrait concerner entre 1000 et 5000 soldats, des navires de guerre et des avions de combat, a précisé le New York Times, ajoutant que ce nombre pourrait augmenter si les conditions se détérioraient. Selon CNN, le Pentagone est dans la phase d’identification des unités qui pourraient être déployées, mais la décision finale n’a pas encore été prise.

Jusqu’à 5000 soldats américains pourraient être envoyés dans les pays baltes, ainsi que des navires de guerre et des avions de combats, selon le New York Times.

Joe Biden aura d’ailleurs lundi soir une «visioconférence sécurisée» avec plusieurs dirigeants européens au sujet de la situation en Ukraine, a fait savoir la Maison-Blanche. Le président américain doit s’entretenir, depuis la «Situation Room», avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président du Conseil Charles Michel, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz, le premier ministre italien Mario Draghi, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, le président polonais Andrzej Duda et le premier ministre britannique Boris Johnson.

L’Union européenne appelle à éviter «les crises de nerfs »

L’Union européenne a de son côté appelé lundi soir à «éviter les crises de nerfs» et les réactions alarmistes, par la voix de son chef de la diplomatie, Josep Borrell. «Nous savons très bien quel est le degré des menaces et la façon dont il faut réagir. Il faut éviter de jouer avec nos nerfs et les réactions alarmistes qui ont même des conséquences financières», a-t-il averti à l’issue d’une réunion avec les ministres des Affaires étrangères de l’UE à laquelle a participé en visioconférence le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

Les Européens ont été surpris par la «dramatisation» de la part des États-Unis de la situation en Ukraine avec l’annonce d’une invasion russe «à tout moment» et la décision de faire partir les familles des diplomates en poste à Kiev. «L’échange de vues avec Antony Blinken a été très utile pour continuer à déterminer la marche à suivre et une coordination très étroite», a souligné Josep Borrell. «Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit de nouveau qui puisse augmenter le sentiment de peur d’une attaque immédiate», a-t-il estimé. «Je pense qu’il y a un accord complet entre nous, entre les États membres, pour dire que cette mesure de précaution (prise par les États-Unis) n’est pas nécessaire», a-t-il ajouté.

«Les États-Unis vont maintenant répondre par écrit aux demandes de la Russie. Nous avons été consultés sur cette réponse», a-t-il affirmé. «Si la diplomatie échoue, nous sommes très avancés dans la préparation des réponses à une éventuelle agression russe et il s’agira certainement d’une action rapide et déterminée, avec une forte unité, non seulement au sein de l’Union européenne, mais aussi au niveau international», a-t-il assuré.

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