Le nouveau chancelier allemand Olaf Scholz dans l’arène européenne

Le successeur d’Angela Merkel sera à Paris et Bruxelles ce vendredi pour afficher ses grandes ambitions pour l’Europe.

Le nouveau chancelier allemand Olaf Scholz fait son entrée sur la scène européenne vendredi 10 décembre avec des visites à Paris et Bruxelles et de grandes ambitions affichées pour l’Europe après la tiédeur des années Merkel sur le sujet. Suivant une longue tradition de l’après-guerre, c’est à Paris que le social-démocrate de 63 ans réserve sa visite inaugurale. Il sera reçu à déjeuner par le chef de l’État Emmanuel Macron, avant de se rendre à Bruxelles pour y rencontrer les dirigeants des institutions de l’Union européenne et préparer le sommet européen des 16 et 17 décembre. Pour tous ces entretiens, le programme s’annonce chargé, de la résurgence de la pandémie de Covid-19 aux craintes d’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Après les 16 ans de règne d’Angela Merkel, qui a connu quatre présidents français, Olaf Scholz veut incarner une continuité assumée et rassurante pour les partenaires étrangers. Le ministre des Finances du précédent gouvernement n’entend toutefois pas être seulement un Merkel bis. Saluée par Paris, la feuille de route des quatre années à venir, signée par Olaf Scholz avec ses alliés de coalition écologistes et libéraux, témoigne d’ambitions nouvelles côté allemand en matière de politique européenne.

«Que nous appelions cela autonomie stratégique ou souveraineté européenne, peu importe le titre, qui fait couler beaucoup d’encre. C’est l’idée derrière qui compte», a déclaré mercredi à Paris la nouvelle cheffe de la diplomatie allemande, Annalena Baerbock. «C’est enfin la réponse au discours de la Sorbonne» d’Emmanuel Macron, dans lequel ce dernier plaidait il y a quatre ans pour de vastes réformes européennes, estime Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Robert Schuman. Angela Merkel n’avait que poliment pris note.

C’est vraiment une approche différente, une ouverture de l’Allemagne vers la France. »

Frank Baasner, directeur de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg

Désormais, Berlin souhaite à terme «l’évolution de l’Union européenne vers un État fédéral européen», fonctionnant de manière décentralisée. Une initiative qui va au-delà des propositions de Paris en matière d’intégration. «C’est vraiment une approche différente, une ouverture de l’Allemagne vers la France» pour œuvrer à la cohésion d’une Europe fragilisée par le recul de l’État de droit en son sein ou le risque de marginalisation géopolitique, juge pour l’AFP le directeur de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg (dfi), Frank Baasner.

Si la volonté de réinvestir le chantier des réformes européennes est de nature à plaire aux responsables des institutions de l’UE vendredi à Bruxelles, il ne devrait pas en être de même lors de la rencontre prévue aussi sur place entre Olaf Scholz et le secrétaire général de l’Otan. D’une part l’Alliance atlantique voit traditionnellement d’un mauvais œil les efforts en direction d’une Europe de la Défense, d’autre part le programme du gouvernement Scholz ne fait aucune mention de l’objectif de l’Otan d’augmenter les dépenses militaires. Alors qu’Angela Merkel, sous la pression des États-Unis, s’en tenait à l’engagement à tendre vers un volume de dépenses de 2% du Produit intérieur brut par an, le programme d’Olaf Scholz ne parle que d’un objectif de 3% du PIB non seulement pour l’Otan mais aussi pour l’aide au développement et la diplomatie allemande.

Par ailleurs, la nouvelle équipe aux commandes à Berlin veut être plus ferme à l’égard des régimes autoritaires. Olaf Scholz a menacé mercredi de possibles «conséquences» pour le gazoduc controversé Nord Stream II reliant la Russie à l’Allemagne en cas d’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, un projet soutenu envers et contre tout par Angela Merkel. Et la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock (Vert) a lancé l’idée de réduire les importations de l’UE en provenance de Chine, accusée de violations des droits humains à l’encontre de la minorité de musulmane des Ouïghours dans la province de Xinjiang. En accord avec les partenaires européens, elle n’a pas exclu de suivre les États-Unis dans un boycott diplomatique des jeux olympiques d’hiver à Pékin, s’attirant les foudres de la Chine, ce dont Olaf Scholz s’est gardé.

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