« Remaquillez-vous, on voit que vous avez fait des trucs » : ce que révèlent les 5 présumées victimes de Nicolas Hulot

«Il y a clairement un dysfonctionnement dans ses rapports aux femmes», lance Claire Nouvian. Cette militante écologiste, spécialiste des abysses, a travaillé avec Nicolas Hulot en 2008, dans le cadre d’un épisode spécial de son émission phare «Ushuaïa». Elle affirme «garder un bon souvenir» de ce tournage, même si certains membres de l’entourage du présentateur star de TF1 lui avait dit d’être vigilante, de fermer à clé sa chambre le soir. Avant d’ajouter que l’entourage de l’ancien ministre de la Transition écologique et solidaire – de 2017 à 2018 – est depuis toujours au courant de ces agissements. Dans l’émission «Envoyé Spécial», diffusée ce jeudi 25 novembre sur France 2, consacrée aux accusations d’agressions sexuelles qui pèsent sur l’homme politique et fruit de quatre ans d’enquête, Claire Nouvian témoigne aussi d’un incident qui se serait produit quelques années plus tard, après une réunion de travail. Tous deux seraient allés chez l’homme politique. Au moment de se dire au revoir, il aurait soudain tenté de l’embrasser. «Cela n’avait rien à faire là, c’était hors sujet», affirme cette dernière.

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« Il baisse son pantalon, sort son sexe et prend ma main »

Dans l’émission animée par Elise Lucet, d’autres femmes accusent ouvertement le militant écologiste d’agression sexuelle. À commencer par Sylvia, qui évoque des faits survenus, selon elle, il y a trente ans. Elle affirme que l’ancien présentateur a fait preuve d’inconduite sexuelle à son égard, alors qu’elle était âgée de 16 ans. Tout aurait commencé par une simple lettre, en 1989. Sylvia aurait écrit une missive à l’animateur pour lui faire part de son admiration. Celui-ci lui aurait par la suite proposé d’assister à son émission «Antipodes». Ils auraient également pris un petit-déjeuner ensemble. «Je suis ultra-intimidée, c’est la première personne publique que je vois de près et il y a une certaine intimité dans un petit-déjeuner», se remémore Sylvia. Plus tard, le journaliste l’aurait conduite à la station Trocadéro. C’est là qu’aurait eu lieu l’incident.

«Au moment de dire au revoir, il me demande de l’embrasser dans le cou, poursuit-elle. Je ne sais pas pourquoi, je le fais. Je recule et il redémarre la voiture sans rien dire.» Nicolas Hulot se serait par la suite arrêté sur un parking aérien. «Cela va assez vite, il baisse son pantalon, sort son sexe et prend ma main, explique Sylvia. Il m’a demandé si je l’avais déjà fait avec des garçons, si j’avais l’habitude de faire ça.» Elle déclare qu’elle se trouvait dans un «état d’incompréhension». «Il me force à lui faire une fellation, que je ne fais pas réellement parce que je suis tétanisée, précise-t-elle. Je ne comprends pas réellement ce qu’il veut. Je ne l’ai jamais fait, je suis en train de me demander si c’est ça une relation amoureuse. Comme je suis fan de lui, je ne peux pas me dire que ce qu’il se passe ne doit pas arriver (…)»

La présumée victime relate comment elle se serait sortie de cette situation. «Je me rappelle que pour que ça s’arrête, je lui embrasse le bas du ventre, parce que je sais que je suis coincée (…) Je me rappelle me blottir là où je ne ferai pas ce qu’il veut que je fasse.» Lorsque Sylvia aurait enfin quitté la voiture, l’homme politique lui aurait lancé : «Remaquillez-vous un peu, parce que l’on voit que vous avez fait des trucs.» Longtemps, elle redoute que personne n’accorde du crédit à son récit.

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Une agression présumée dans un taxi

C’est ce que craint également Cécile, qui témoigne elle aussi à visage découvert, et soutient avoir été victime de Nicolas Hulot en septembre 1998, à Moscou. Elle est alors contractuelle pour l’ambassade de France. Son supérieur lui aurait demandé, à l’époque des faits, de débloquer le matériel du reporter et de son équipe, coincé à la douane. Et ce, sur demande expresse de l’Élysée. Après avoir exécuté la mission, Cécile, 23 ans à l’époque, se serait vue convier en boîte de nuit. Le présentateur l’aurait alors draguée lourdement. À l’issue de la soirée, Nicolas Hulot aurait insisté pour prendre le même taxi que son invitée, déjà très mal à l’aise. Celle-ci aurait accepté, en raison de l’influence de son interlocuteur. La situation aurait mal tourné.

«Il met sa main sur ma cuisse, me répète : « Si tu veux, je peux t’aider à avoir un boulot à TF1. », se souvient-elle. Je décale sa main, et il insiste, il insiste (…) Il se jette sur moi, il essaie de m’embrasser, me touche les seins, l’entrejambe (…) Je me débats.» Avant de poursuivre : «J’ai clairement exprimé que je ne souhaitais pas avoir une relation sexuelle avec ce monsieur. J’ai le souvenir de la violence de cette agression, de ses mains sur moi.» La jeune femme n’aurait pas même envisagé de poursuivre Nicolas Hulot en justice. «Porter plainte ? interroge-t-elle. En Russie, à Moscou ? Contre un ami du président Chirac ? La question, en réalité, ne s’est même pas posée.»

« La baffe serait partie sans ce rapport de subordination »

Une autre femme témoigne de manière anonyme. En septembre 2001, elle aurait travaillé avec Nicolas Hulot sur le tournage d’«Ushuaïa». L’incident se serait déroulé durant sa première réunion de travail avec son supérieur de l’époque. À la fin de la réunion, le principal intéressé se serait levé et l’aurait embrassée à pleine bouche. «C’est très choquant, inattendu, relate la présumée victime. Je recule brusquement et je m’enfuis.» Et cette dernière d’asséner : «La baffe serait partie si je n’avais pas eu ce rapport de subordination.» La témoin anonyme, alors mère célibataire, aurait en effet choisi de conserver son emploi, afin de préserver l’équilibre de son jeune enfant. Nicolas Hulot n’aurait, selon elle, plus recommencé.

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La plainte de Pascale Mitterrand

L’émission évoque aussi la plainte pour viol déposée par Pascale Mitterrand, petite-fille de François Mitterrand, contre Nicolas Hulot, en 2008. Des poursuites évoquées dans une enquête du magazine Ebdo, publiée dix ans plus tard. La présumée victime affirme que l’agression a eu lieu durant son stage à l’agence Sipa, en 1997. L’écologiste lui aurait à l’époque demandé de venir seule photographier sa maison en Corse. Les faits décrits dans la plainte auraient eu lieu la dernière nuit de son séjour. Face à la police, Nicolas Hulot explique que cette relation a eu lieu «dans un désir réciproque» et «sans la moindre pression». Interrogé au téléphone par Élise Lucet, le 9 novembre, ce dernier exprime son indignation face aux accusations dont il fait aujourd’hui l’objet.

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« Je suis anéanti »

«Je ne peux pas vous répondre là, je suis anéanti (…) Je n’ai jamais eu de relations ambiguës. J’ai eu des histoires sans lendemain, comme tout le monde. Je n’ai pas envie de me défendre, de toute façon la parole des gens mis en cause est de fait dénaturée ou suspecte.» L’ex-ministre répète qu’il n’a «jamais contraint qui que ce soit» à des relations sexuelles. La veille de la diffusion de l’émission, il annonce sur BFM TV qu’il quitte la vie politique et ne s’exprimera plus sur le sujet. Il contredit une nouvelle fois les versions des quatre témoins. «Je sais que j’ai un physique très ingrat, et que donc seule la contrainte me permet de vivre des histoires d’amour», ironise-t-il, avant de répéter qu’il n’a jamais eu recours à de telles méthodes. Les faits qui lui sont reprochés sont désormais prescrits.

La lettre de Maureen Dor

Dans le cadre de la diffusion de l’enquête jeudi soir, un témoignage supplémentaire à été publié sur le site de France Info. Dans une lettre envoyée aux équipes d’Envoyé spécial, l’animatrice et comédienne belge Maureen Dor raconte que Nicolas Hulot lui aurait «sauté dessus» et aurait «tenté de l’embrasser» contre son gré, lorsqu’elle avait 18 ans. Les faits décrits par l’animatrice, aujourd’hui âgée de 51 ans, remontent à 1989 et sont donc eux aussi prescrits.

Au lendemain des révélations d’Envoyé spécial, le parquet du tribunal judiciaire de Paris a ouvert, ce vendredi 26 novembre, une enquête préliminaire pour «viol» et «agression sexuelle». La brigade de protection des mineurs (BPM) de la direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) a été mise en charge des investigations pour «des faits susceptibles d’avoir été commis à Paris à l’égard d’une victime mineure», précise le communiqué.

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