le nombre d’accidents en baisse significative depuis 20 ans

FOCUS – Alors qu’un homme a été grièvement blessé par un tir jeudi en Haute-Savoie, Yannick Jadot a proposé d’interdire la chasse le week-end et pendant les vacances scolaires. Pourtant, une tendance très nette à la baisse du nombre d’accidents, mortels ou non, est observée depuis 2000.

À six mois de l’élection présidentielle, la chasse aussi pourrait bien peser dans les débats. Alors qu’un homme a été grièvement blessé par un tir jeudi 28 octobre en Haute-Savoie, le candidat écologiste Yannick Jadot a déclaré au micro de Jean-Jacques Bourdin qu’il comptait bien interdire la chasse le week-end et pendant les vacances scolaires s’il était élu. «Quand j’entends, ce sont les enquêtes qui le montrent, que les trois quarts des personnes qui vivent dans la ruralité n’osent pas aller se promener le dimanche quand il y a des tirs de fusils, ce n’est pas normal», a justifié l’eurodéputé vert.

Avant d’ajouter : « La ruralité, c’est le plaisir des paysages, c’est de pouvoir randonner, c’est de pouvoir faire du vélo, c’est de pouvoir se balader avec son chien sans avoir peur qu’il se fasse shooter au bout du chemin, c’est de pouvoir se balader en famille sans avoir des tirs sur les animaux ». Yannick Jadot souhaite donc limiter drastiquement la pratique de la chasse, notamment pour des questions de sécurité. Pourtant, les règles en la matière ont beaucoup évolué ces dernières années, et le nombre d’accidents a significativement baissé depuis 20 ans. Le Figaro fait le point.

  • Une baisse de 41% du nombre d’accidents en 20 ans

L’Office français de la biodiversité (OFB), chargé de l’organisation de l’examen du permis de chasser et de sa délivrance pour le compte de l’État, observe depuis les années 1999-2000 une nette baisse des accidents liés à la chasse, qu’ils soient mortels ou non. Le nombre d’accidents a ainsi chuté de 71% pour les létaux et de 41% pour les non létaux depuis 1999. Si la saison 2019-2020 a été plus accidentogène (136) que celle de 2018-2019 (131), le nombre de victimes reste inférieur à la moyenne de ces 20 dernières années, qui est de 158 par an. Dans son dernier rapport, l’OFB précise également que 90% des victimes des accidents étaient chasseurs en 2019-2020.

Évolution du nombre d’accidents. Office français de la biodiversité
Évolution du nombre d’accidents mortels. Office français de la biodiversité

Ces dernières années, les accidents de chasse sont imputés à trois causes principales par l’OFB : les mauvaises manipulations de l’arme, les tirs à hauteur d’homme ou en direction d’habitations et de routes ouvertes à la circulation et le non-respect de l’angle de 30°. Cette dernière règle, primordiale lors de battues au grand gibier, consiste à ne pas tirer dans les secteurs angulaires de 30° sur sa gauche et sur sa droite par rapport à ses voisins.

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  • Droit à l’usage des armes et permis de chasser

La sécurité débute de toute évidence par une maîtrise parfaite des outils. Car, si les chasseurs sont «les seuls à pouvoir utiliser des armes en milieu naturel, ce n’est pas un privilège mais un droit jadis transmis de génération en génération, aujourd’hui acquis avec l’examen du permis de chasser», note la Fédération nationale des chasseurs, principal lobby de la chasse. Cet examen est instauré en 1976 par une simple épreuve théorique, puis complété par des épreuves pratiques en 2003.

Depuis 2014, l’examen comporte une épreuve divisée en deux parties : dix questions théoriques portant sur la faune sauvage et ses habitats, les lois et règlements concernant la police de la chasse et la protection de la nature, ainsi que les armes et les munitions. Parmi ces thèmes, une question éliminatoire porte sur la sécurité. Puis des exercices pratiques en quatre ateliers : une évolution sur un parcours de chasse simulé avec tir à blanc, le rangement d’une arme de chasse dans un véhicule, une épreuve de tir réel avec un fusil à canons basculants ou semi-automatiques et une épreuve de tir à l’arme rayée sur sanglier courant.

  • Les consignes de sécurité obligatoires

Pour pratiquer la chasse en toute sécurité, l’OFB édicte plusieurs consignes de sécurité obligatoires. Tout d’abord, il est interdit de faire usage d’armes à feu en direction des routes, des chemins publics et sur les voies ferrées. Il est également interdit à toute personne placée à portée de fusil d’une de ces routes, chemins ou voies ferrées de tirer dans cette direction ou au-dessus. Le tir à bord ou à l’aide d’un véhicule à moteur ou à l’aide de chevaux est également prohibé.

À cela s’ajoutent quelques règles de sécurité de base. L’arme ne peut, par exemple, être transportée dans un véhicule que déchargée et démontée, ou déchargée et placée sous étui. L’arme n’est d’ailleurs chargée que lorsque le chasseur est en instance de tir. Elle doit également être déchargée à chaque passage d’obstacles et en présence d’autres personnes. Le tir en lui-même est également très encadré : il ne se fait jamais à hauteur d’homme, ni sans s’être assuré que la zone balayée par les canons est déserte et sans risque. Il est interdit de tirer au travers d’une haie ou d’un buisson. Enfin, le tir doit être fichant (il faut avoir l’assurance que la balle s’enfonce dans le sol sans ricochet) et respecter l’angle de 30° par rapport à toute zone à risques.

  • Le renforcement récent de la sécurité avec la nouvelle loi chasse

Afin de renforcer encore la sécurité, une nouvelle loi chasse est également entrée en vigueur le 1er septembre 2021. Elle prévoit notamment la généralisation d’une formation de remise à niveau obligatoire tous les dix ans, «pour reprendre les gestes de la sécurité, rappeler les situations d’accidents et les comportements à adopter lorsque l’on rencontre un usager de la nature non-chasseur et l’adaptation de l’arme au gibier chassé», rappelle la Fédération nationale des chasseurs. Lors d’actions collectives de chasse à tir au grand gibier, il est désormais obligatoire de porter un gilet fluorescent et de baliser la zone de chasse avec des panneaux de signalisation temporaires.

Cette loi a également permis la mise en place, dans chaque Fédération départementale de chasseurs, d’une commission de sécurité à la chasse, composée de membres du conseil d’administration de la Fédération. Elle a pour vocation de saisir le préfet pour demander la rétention ou la suspension du permis de chasser d’une personne qui aurait commis un incident matériel grave ayant pu mettre en danger la vie d’autrui, ou en cas d’accident ayant entraîné la mort d’une personne ou involontairement causé une atteinte grave à l’intégrité physique.

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