EN DIRECT – Procès du 13-Novembre : «Dieu peut pardonner mais pas nous, jamais», témoigne le père d’une victime du Bataclan

Valérie*, une femme d’une soixantaine d’années à l’allure soignée, s’avance à la barre. Sa fille de 32 ans, Alexia*, et son petit-ami chilien, Alexandro*, ont été assassinés au Bataclan le 13 novembre 2015. Unis par la musique, ils s’étaient rencontrés sur un blog de rock tenu par Alexia. Le jeune homme avait quitté le Chili en 2008 pour la rejoindre.

« J’ai pris connaissance des attentats ce soir-là en regardant la télé », débute Valérie tout en lisant un texte qu’elle a préparé. Des photos de sa fille sont projetées dans la salle pendant sa prise de parole. Le soir du vendredi 13 novembre 2015, Valérie tente de joindre sa fille et son petit-ami mais ils ne répondent pas. « J’essaie de me rassurer mais la nuit est
longue. L’angoisse monte et m’étreint », poursuit-elle. 

Le samedi matin, paniquée, Valérie prépare son sac à la va-vite et prend deux billets de TGV pour Paris. Quelques heures plus tard, la mère d’Alexandro qui habite au Chili lui envoie un message : « Alexandro is dead ». « Le stress est si violent que je ne peux plus réfléchir », poursuit Valérie, qui ne sait toujours pas où se trouve sa fille. « Cécile n’apparaît sur aucune liste. Où est-elle ? Nous
attendons plusieurs heures à l’Ecole Militaire. Il est tard. On nous dit de rentrer chez nous et qu’il faut attendre. Nous rentrons, hagards et hébétés. Le ciel est gris comme mon âme », poursuit-elle. 

Valérie sera finalement convoquée avec le père d’Alexia à l’institut médico-légal (IML) le lundi. « Votre fille ?
Mais je ne sais pas où elle est votre fille ! », leur assène une dame, d’une voix glaciale. « Nous quittons l’IML épuisés et abasourdis », poursuit Valérie. Ils seront finalement recontactés quelques heures plus tard. Le corps d’Alexia a enfin été identifié : il est enveloppé dans un linceul blanc et porte des traces d’ecchymoses autour des lèvres. « Combien de temps a-t-elle mis pour mourir ? A-t-elle souffert ? Comment trouver la force dans ce chaos ? » : les questions se bousculent dans l’esprit de Valérie, anéantie par la mort de sa fille.

« Alexia nous a donné 32 ans de bonheur et de joie. Elle débordait d’énergie, pratiquait la boxe, le char à voile…. Nous partagions le goût des voyages. Nous devions fêter Noël à Berlin tous ensemble, on avait préparé le champagne. Nous mesurons chaque jour ce que nous avons perdu, ce que
nous avions tous ensemble à partager », conclut Valérie.

Yves*, le père d’Alexia, vient témoigner à son tour. « Les assassins nous ont tout pris, une fille adorable et adorée, des petits enfants que nous n’aurons jamais », débute-t-il. « Dieu peut pardonner mais pas nous, jamais », poursuit-il d’une voix étranglée par les larmes.

Yves évoque ensuite le documentaire « Les ombres du Bataclan » et questionne la cour : « Comment tout ceci a pu se produire ? ». « Il y avait une menace très connue et de nombreuses personnalités avaient alerté », poursuit-il, citant notamment François Molins, ancien procureur de la République de Paris, ou encore le juge antiterroriste Marc Trévidic. A la barre, Yves dénonce « les atermoiements du préfet
de police Michel Cadot » le soir des attentats et « des procédures qui ont fait perdre un certain temps ». Le père d’Alexia évoque notamment les huit militaires de l’Opération Sentinelle présents devant le Bataclan le soir des faits. « Il y a eu un refus de la
préfecture de donner un ordre », fustige-t-il, ajoutant que « la vérité n’est pas toujours bonne à entendre ». Yves remercie enfin les forces de l’ordre, policiers et gendarmes, « qui nous rassure par leur présence ».

*Le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat.

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