Au procès Benalla, la défense de deux policiers plaide la relaxe pour une «erreur de discernement»

Une «erreur de discernement» mais pas une «faute pénale»: la défense a plaidé vendredi la relaxe pour deux fonctionnaires de la préfecture de police de Paris, jugés pour avoir transmis des images de vidéosurveillance à Alexandre Benalla en juillet 2018. Ils sont assis depuis le 13 septembre aux côtés de l’ancien chargé de mission de l’Élysée Alexandre Benalla et de l’ex-employé d’En Marche! Vincent Crase, poursuivis entre autres pour des violences commises lors de la manifestation du 1er mai 2018, à l’origine d’un scandale politique qui a fait trembler le sommet de l’État.

« Des images qui peuvent intéresser l’Elysée »

Leurs avocats ont inauguré les plaidoiries de la défense vendredi au lendemain des réquisitions du ministère public, qui a demandé des peines de prison avec sursis pour les quatre hommes. Il y a plus de trois ans, le commissaire Maxence Creusat et son ancien supérieur Laurent Simonin appartenaient à la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC), à la préfecture de police de Paris. Le 18 juillet 2018, Le Monde identifie sur une vidéo l’adjoint au directeur de cabinet de l’Élysée, coiffé d’un casque, en train de violenter un couple place de la Contrescarpe, à l’issue du défilé de la Fête du travail qui avait dégénéré.

Maxence Creusat propose à Laurent Simonin des «images qui peuvent intéresser l’Élysée»: extraites dès le 2 mai de la vidéosurveillance, on y voit le jeune homme appréhendé par Alexandre Benalla lancer un projectile sur les policiers. Le CD-Rom sera livré au chargé de mission le soir-même par un troisième policier. Alexandre Benalla le transmettra ensuite au conseiller d’Emmanuel Macron Ismaël Emelien, qui en enverra certaines images à l’administrateur d’un compte LREM «ami» sur Twitter pour allumer un «contre-feu» à la tempête médiatique. Maxence Creusat, 34 ans, est un «jeune commissaire pris malgré lui dans le tourbillon de ce qu’on a appelé l’affaire Benalla», a plaidé Me Pauline Ragot. Dès le lendemain, il a signalé sa «connerie», a rappelé l’avocate, qui a argué qu’il obéissait à un «ordre».

« Grosse bêtise »

Le parquet a requis deux et quatre mois de prison avec sursis pour le commissaire et l’ancien contrôleur général – ils sont aujourd’hui en poste respectivement à Thionville (Moselle) et à Mayotte. La procureure Aude Duret a décrit jeudi un «mélange des genres», avec deux fonctionnaires qui ont agi «par volonté de sauvegarde des institutions, mais aussi par intérêt individuel». Le premier était présent place de la Contrescarpe le 1er mai 2018 et le second a organisé la venue d’Alexandre Benalla sur la manifestation en tant qu’observateur. Lundi, les deux hommes avaient reconnu à la barre une «grosse bêtise», une «faute», dans la panique qui a suivi la publication de l’article du Monde.

«Mais quel intérêt particulier ?», a lancé Me Ragot. «Personne n’aurait pu le mettre en cause pour les agissements d’Alexandre Benalla !» Maxence Creusat était «fondé à croire» qu’Alexandre Benalla, qui «exprime la volonté présidentielle» et «fait l’accolade au ministre de l’Intérieur», était une «personne habilitée» à recevoir ces images, a poursuivi Me Thibault de Montbrial, son deuxième conseil. Soulignant «l’épuisement physique» du policier, il a plaidé l’«erreur de jugement mais certainement pas (la) faute pénale». À la sortie de l’article du Monde, «il y a eu une véritable amnésie collective de l’ensemble de la hiérarchie» à la DOPC concernant la présence d’Alexandre Benalla le 1er mai, a plaidé Me Antoine Maisonneuve, avocat de Laurent Simonin, 54 ans, qui a pris selon lui «à pleines mains» la «boule puante».

Celui qui appartenait à la DOPC ne pouvait pas savoir que les images en question étaient issues de la vidéosurveillance et non des réseaux sociaux ou des «Gopro» des policiers, a fait valoir le conseil, avant de demander sa relaxe. Les plaidoiries des avocats de Vincent Crase et Alexandre Benalla sont prévues dans l’après-midi.

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