à Paris, des riverains mobilisés contre le trafic de crack

REPORTAGE – Les habitants, venus de la capitale mais aussi de Seine-Saint-Denis, sont notamment vent debout contre l’ouverture de nouvelles salles de shoot près de zones d’habitation.

«Salle de shoot, quartier sacrifié !», reprend en chœur la foule. Une centaine de riverains – venus de Paris et de Seine-Saint-Denis (Aubervilliers, Pantin…) – se sont réunis ce samedi 2 octobre place de la Bataille de Stalingrad, à la frontière des 10e et 19e arrondissements, pour crier leur ras-le-bol contre le trafic de crack. Ils sont notamment vent debout contre l’ouverture de nouvelles salles de shoot dans la capitale, dont les lieux d’implantation ne sont pas encore connus. Ils redoutent qu’elles soient installées sans consultation près de zones d’habitation ou de commerces, tout en se disant «pour une prise en charge digne des toxicomanes».

Gilles, 44 ans, est venu manifester avec ses deux jeunes filles. «J’habite boulevard de Strasbourg dans le 10e. On a déjà énormément de problèmes dans le quartier : occupation de la voie publique, trafics en tous genres, prostituées, dealers… Ils veulent rajouter des salles dédiées au crack alors que la qualité de vie s’est déjà dégradée. Il n’y a aucune raison d’en rajouter, c’est déjà assez dur à vivre», estime-t-il. «J’assiste au quotidien à des bagarres en bas de chez moi. Il y a aussi de nombreux points de deal. Le quartier n’est vraiment pas agréable. Quand c’est trop le bordel, on change de chemin pour que les enfants ne voient pas trop les problèmes», poursuit le père de famille. Il craint que l’installation potentielle d’une salle de shoot sur les Grands Boulevards – un projet est évoqué devant le Musée du chocolat -, provoque «un appel d’air pour les toxicomanes et les dealers».

Gilles, 44 ans, est venu manifester avec ses deux filles, place de la Bataille de Stalingrad à Paris. Guillaume Poingt / Le Figaro.

À quelques mètres de là, Maria a fait le déplacement avec son petit garçon de 4 mois. Cette jeune femme de 33 ans vit dans le quartier Pelleport, dans le 20e arrondissement, où un projet d’installation d’un centre d’accueil pour toxicomanes à proximité d’écoles primaires avait été évoqué, avant d’être officiellement abandonné par la mairie de Paris. «Je suis solidaire des autres riverains. Le projet de Pelleport a été abandonné mais on reste méfiant et on continue à surveiller ce qui se passe», explique la riveraine, qui a acheté un appartement dans le quartier il y a tout juste quatre mois. Cette jeune mère de famille craint de revivre ce qu’elle a vécu à Crimée, un quartier du 19e arrondissement d’où elle a déménagé. «J’ai vu le quartier se dégrader avec des gens hagards qui se baladent et font leurs besoins dans la rue. C’était devenu invivable. J’évitais de rentrer tard le soir ou alors je prenais un taxi», explique-t-elle.

À voir aussi – Drogue: quels sont les chiffres de la consommation de crack à Paris ?

Pendant ce temps-là, Tarak Sassi, fondateur du collectif Paris Anti-Crack, harangue la foule au micro. «Nos jeunes se font aborder par des jeunes à la sortie des collèges. Est-ce qu’on va accepter ça ?», interpelle-t-il. «Non !», scandent les manifestants, dont beaucoup sont venus en famille. «Le crack c’est le caillou de l’enfer. La sécurité n’est pas une idéologie politique, c’est un acquis des droits de l’homme», poursuit-il sous les applaudissements et les acclamations. Luz Carreno Mielle, porte-parole du collectif «Ne crack pas le 20e», lui succède à la tribune. «On veut pouvoir travailler et vivre tranquillement !», scande-t-elle. «D’autres installations de salles de shoot sont prévues. Restons soudés ! Le 10e, le 18e, le 19e, Pantin, Aubervilliers… Tout le monde doit se sentir mobilisé. Ce n’est pas chacun son petit quartier», poursuit-elle.

Une centaine de riverains se sont mobilisés contre le trafic de crack, samedi 2 octobre, à Paris. Guillaume Poingt / Le Figaro.

Samia, une habitante de Barbès peu adepte du politiquement correct, prend ensuite la parole au micro. «Paris est devenue une poubelle, ça se dégrade tous les jours. Les dealers vendent de la drogue devant les CRS et personne ne bouge. On se croirait dans une favela !», hurle-t-elle, en évoquant les agressions et les vols de portables et de chaînes en or. «On passe pour des méchants et on est traités de fachos car on veut discuter de l’implantation des salles de shoot», déplore quant à elle une jeune femme, tandis que la pluie tombe et commence à disperser les manifestants.

Une centaine de riverains se sont mobilisés contre le trafic de crack, samedi 2 octobre, à Paris. Guillaume Poingt / Le Figaro.

À voir aussi – «On ajoute de la misère à la misère»: le déplacement des accros au crack aux portes de Paris excède les riverains

Derniers messages