Valérie Pécresse et Gérald Darmanin croisent le fer de manière courtoise

Invités à débattre sur France 2, la candidate à l’élection présidentielle et le ministre de l’Intérieur se sont affrontés en adoptant un ton respectueux.

Malgré le duel très attendu entre Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV, Valérie Pécresse et Gérald Darmanin ont joué la contre-programmation dans la nouvelle émission politique de France 2. Sécurité, terrorisme, immigration…Durant plus de 30 minutes, la présidente de la région Île-de-France et le ministre de l’Intérieur ont débattu de façon plutôt apaisée. Loin d’un duel «spectacle», les deux personnalités ont voulu miser sur le fond.

D’entrée de jeu, Gérald Darmanin s’est dit «très honoré de débattre avec Valérie Pécresse (…). elle est une candidate d’un parti de gouvernement.» Avant de proposer les offres de service de l’exécutif: «Je pense qu’elle mériterait peut-être de mettre son énergie qui est très grande au service du président de la République. On n’a pas beaucoup de différences, elles sont caricaturées pour le besoin de la campagne, je le regrette, c’est son choix.»

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Face à ce qui peut être considéré comme un baiser de la mort, Valérie Pécresse, elle, regrette, pour sa part, que le locataire de la Place Beauvau ait «mis son énergie et son talent au service d’une majorité de gauche qui s’en sert comme d’un alibi.» «Moi, je n’ai pas changé de convictions. Gérald Darmanin est allé servir ses ambitions», lance même la prétendante à la primaire de la droite.

Durant ce débat à fleurets mouchetés, Gérald Darmanin a voulu afficher Valérie Pécresse comme une candidate qui s’opposerait par dogmatisme. Face à l’ancienne ministre du Budget qui s’inspire d’Angela Merkel, le ministre de l’Intérieur a défendu le bilan du gouvernement. «J’ai servi des ambitions pour lesquelles je me bats: l’ISF, la baisse des impôts… Sur l’immigration, quand nous nous comparons, nous faisons mieux que les Allemands», se réjouit Gérald Darmanin. Lequel affirme n’avoir que «peu de différences» avec la présidente de la région Île-de-France, sauf sur le renvoi des mineurs délinquants.

Car l’immigration fut bien l’autre thème central de la joute. Valérie Pécresse souhaite d’abord mettre en place des accords avec les pays d’origine pour ne pas laisser des immigrés rester en France avec une «obligation de quitter le territoire». Et ensuite mettre la question des visas dans la négociation avec les autres dirigeants. Sur la question du droit d’asile, Gérald Darmanin a notamment reproché à Valérie Pécresse de vouloir mettre en place des quotas. Une mesure inapplicable selon lui: «On ne peut pas mesurer l’humanité qu’on va rendre à une partie de la population.»

«Il y a trop d’immigrés», estime Pécresse

Sur la question de l’immigration et de la théorie du «grand remplacement», le locataire de la Place Beauvau juge «les immigrés pour ce qu’ils font, et non pas pour ce qu’ils sont…Ce n’est pas une question de nombre», tout en précisant qu’«on a le droit de choisir qui on veut sur notre sol». À l’inverse, la présidente de la région francilienne estime qu’«il y a trop d’immigrés en France (…). on laisse entrer des personnes qu’on n’a pas choisies».

Pour elle, «il y a dans la république des zones de non-France. On a des ghettos d’enfermement urbain (…). Il ne faut pas laisser des poches comme ça, on a concentré la difficulté dans les mêmes quartiers; et ça, c’est une faute qui remonte à loin.» Une préconisation qui n’a pas manqué de faire réagir le ministre de l’Intérieur: face à l’islamisme, «on ne peut pas répondre urbanisme, on doit répondre scandale». Les deux responsables politiques ont aussi croisé le fer sur les modalités de la loi séparatisme voté il y a quelques semaines à l’Assemblée nationale, et notamment sur la question du voile.

Si Valérie Pécresse a enfin qualifié Gérald Darmanin de «mou» en fin de débat – en référence à ce qualificatif employé par celui-ci face à Marine Le Pen lors d’un précédent duel – l’élu de Tourcoing (Nord) s’est déclaré «encore de droite». Sans préciser laquelle. Les deux personnalités ont joué une partition commune: celle de deux droites loin d’être «irréconciliables». Pour ces deux anciens LR, la question du marqueur politique restera bien primordiale pour 2022.

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